Marine, les philippotistes et moi

En ce moment, pas un jour ne passe sans que les philippotistes n’attaquent Marine Le Pen, son discours, ses méthodes et la voie nouvelle qu’elle semble vouloir emprunter pour son parti. Le divorce a été douloureux, et, comme dans beaucoup de divorces, il reste un peu de cet amour qu’on appelle généralement la haine. Les voilà faire, tous, leur petit chauprade : ils sont partis, mais reste l’obsession, peut-être même pire encore qu’avant, aiguisée par leur rapport « sentimental » à la politique. Ce comportement de jeunes puceaux lâchés soudainement par leur amour de vacances est assez comique. Un peu d’ironie supplémentaire nous ferait immanquablement penser à des petites racailles traitant subitement de « grosse pute » la jeune demoiselle qui les aurait éconduit.

Trêve de plaisanteries : par leur comportement, ils ont signé leur arrêt de mort politique. Ils ne seront, comme beaucoup, que des astres morts qui continuent de tourner autour de l’étoile Le Pen et sa galaxie frontiste. Des inutiles et des « rageux », comme ils aiment à dire. Rendons toutefois justice à leur maître, Philippot lui-même, qui, lui, essaie d’échapper à ce piège mortel. Sur les plateaux de télévision qu’il colonise toujours, il tente de parler d’autre chose que du FN. Mais le ver est dans le fruit, la sentence est déjà prononcée : désormais, il ne sera invité que pour parler de son ancienne maîtresse, son « patriotisme généreux » n’intéressant, il faut le dire, quasiment personne.

Je peux en parler maintenant. Moi-même, j’ai quitté Marine avec pas mal de rancœur à l’époque. Déçu qu’on ne m’écoutait pas plus, déçu des choix personnels de la patronne (tant stratégiques qu’en termes de ressources humaines), énervé par des comportements putassiers et médiocres, et sans doute encore très attaché sentimentalement à cette grande blonde dont toute la gestuelle et la psychologie transforment en une sorte de maman putative pour tous les adhérents au « club » FN. J’avais de quoi faire sérieusement ma diva. Or, si je m’expliquais tranquillement sur les raisons de mon départ via une vidéo sur le web, je prenais soin de refuser toutes les invitations médiatiques pour me déverser (je reçus des propositions du Grand Journal, BFM, etc.). L’astre mort et vindicatif, ce ne serait pas moi.

Et pourtant, j’ai de quoi rire aujourd’hui. Pendant des années, j’ai dit à Marine Le Pen qu’il ne fallait pas faire de la question de l’euro le problème fondamental dans une campagne électorale (je parle de forme, pas de fond). J’ai dit qu’il fallait à tous prix envoyer plus de signaux à l’électorat de droite. J’ai dit qu’il fallait parler d’Europe différemment. J’ai dit qu’il fallait travailler à une communication beaucoup plus positive, sortant des réflexes du « c’était mieux avant – il faut refaire comme à l’époque ». Troquer la posture populacière pour un grand sourire avenant. Et j’ai dit aussi que MLP ne pouvait pas s’entourer exclusivement que de profils philippotistes pour tout ce qui touchait à la stratégie et à la communication. Des notes, des emails à MLP et même un petit livre (sur l’Europe) en attestent. Aujourd’hui, je peux dire que j’avais mille fois raison.

Maintenant, Marine semble prendre cette voie que j’appelais de mes vœux, quand je n’étais qu’un petit jeune qui se démenait pour donner une voix au FNJ (ce que je fis avec succès, ce qui, d’ailleurs, énerva beaucoup de gens au FN…). Mais n’est-ce pas trop tard ? J’en ai le sentiment.

Que d’occasions gâchées, que de temps perdu. Tant pis. L’avenir s’écriera sans doute ailleurs, mais c’est un avenir que ne toucheront pas les philippotistes, puisqu’eux mêmes ont déjà choisi de rester accrochés au FN par leur haine amoureuse.

Tant pis pour eux, aussi.

 

A propos de la polémique sur Saint-Martin

Surprise.

Depuis trois ou quatre jours, je suis enferré dans une petite polémique twito-médiatique que je n’avais pas vu venir à propos du drame de Saint-Martin.

J’ai besoin d’en écrire deux mots sur ce blog car les notifications twitter ne cessent pas et quelques journalistes bien avisés de la place de Paris (Le Monde, Libé, le Nouvel Obs etc.) se régalent et exagèrent à dessein une soi-disant fake-new que j’aurais commise.

Reprenons.

Je ne m’intéressais pas plus que cela à l’ouragan dévastateur qui approchait nos iles et le continent américain. Je savais que son passage allait être tragique mais, honnêtement (je suis en plein déménagement), je regardais cela de loin. Or, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, je recois plusieurs messages d’habitants de Saint-Martin ou de personnes y ayant des proches, me demandant avec insistance et désespoir manifeste de relayer leur malheur, lequel était à leurs yeux « minimisé » par les médias.

Je fis donc quatre tweets indiquant que les nouvelles de Saint-Martin étaient mauvaises, qu’il y avait d’odieux pillages, que les autorités manquaient, et que le nombre de victimes était important. Reprenant ce que l’on m’avait dit, je me risquais à dire « une centaine de morts ». Toutefois, je précisais bien dans mon dernier tweet que ma source était « des témoignages reçus » et non pas Dieu le père.

Plus tard, lundi, je « retweetais » une vidéo d’une femme en pleurs révélant qu’une gendarmerie avait été attaquée. Remettons les choses dans leur contexte : les vidéos de témoignages abondaient et il n’y avait aucune raison de douter de la sincérité des victimes de l’ouragan.

Je reçu alors une réponse à ce retweet par le compte officiel de la gendarmerie nationale, indiquant qu’aucune gendarmerie ne fut attaquée. Je répondis, sincèrement, que j’en étais fort aise.

Cette petite histoire de rien du tout fit le bonheur de quelques journalistes mainstreams qui s’empressèrent de faire de mon cas celui de la « fake new » incarné, d’une volonté démoniaque de désinformer, pleine de mauvaises intentions.

Bande de tarés.

Si je dois confesser une erreur, c’est d’avoir repris un nombre, une statistique, d’un des témoignages que je reçus. J’ai dit trop légèrement « une centaine de morts » quand je n’aurais du dire que « beaucoup de morts ». Mea culpa. C’est sur cette erreur que l’on m’attaque aujourd’hui, et je regrette de l’avoir commise. Mais sur le reste ? Sur les pillages ? Sur la violence ? Sur les manquements du gouvernement sur place ? J’avais raison et même les médias mainstreams ont été obligés d’en parler.

Ce qui m’énerve royalement dans cette histoire, ce sont tous ces abrutis de journalistes et ces gauchistes qui furent trop heureux de se jeter sur l’objet de leur fantasme, c’est à dire un odieux mec de droite soi-disant pris en flagrant délit de mensonges, alors que, pour le coup, je n’étais qu’un citoyen ayant partagé des messages de détresse que l’on m’avait fait parvenir, en précisant – je le rappelle – que je ne faisais que cela. Mais même en ayant expliqué ceci, je ne me lavais pas de ma culpabilité à leurs yeux, car celle-ci est intrinsèque, immanente, collée à mes basques « d’ancien du Front National » qui, s’il partage quelque chose sur les réseaux sociaux, ne le fait qu’armé d’intentions malveillantes, pour mentir et salir la merveilleuse société qui est la leur.

J’aime les polémiques. Mais celle là m’a profondément emmerdé. Ils ne me croiront jamais, mais j’étais de bonne foi quand j’ai fait ces tweets, et au final, je suis bien content qu’il n’y ait pas une centaine de mort mais seulement peut-être que deux dizaines. Mais à quoi bon le dire ? Ces tarés sont tellement vicieux qu’ils projettent sur les autres leurs vices. Non, moi je n’ai pas besoin de mentir pour mes combats. Et en l’occurrence, en plus, l’histoire de Saint-Martin ne faisait même pas particulièrement partie de mes combats.

Salut.

 

 

Mon nouveau blog

Bienvenue sur mon nouvel outil de travail !

J’y partagerai mes textes, mes vidéos, mes formations, des événements, et peut-être quelque fois mon journal.

Pas de blabla inutile, simplement : je ferai de mon mieux.

Julien Rochedy

Commentaires sur la droite

Cet article fait suite au numéro 4200 de Valeurs Actuelles (du 25 au 31 mai 2017)

Je lis dans le Valeurs Actuelles de cette semaine un dossier complet sur la droite, c’est à dire celle qui part de Laurent Wauquiez jusqu’à l’aile droite du FN, en passant par Sens Commun et, dans une moindre mesure, Nicolas Dupont-Aignan. En résumé : cette droite qui se cherche et qui n’est bien nulle part, en particulier dans les partis politiques existants. Ce « point » réalisé sur la droite véritable est sans doute le premier d’une longue série, car, à moyen-terme, tout porte à croire que le sujet de la refondation de la droite, face à Macron, et face au FN version PCF souveraino-souveraniste, sera un thème politique majeur de ces prochaines années. Occasion pour nous de faire quelques commentaires.

Les partis politiques ont échoué

Le premier de nos commentaires portera sur la nature et l’efficience même des partis politiques pour porter nos idées. Une leçon de la campagne présidentielle fut le rejet des partis politiques classiques (Les Républicains, le Parti Socialiste, le Parti Communiste, et, dans une certaine mesure, le Front National) pour privilégier plutôt des mouvements de types nouveaux tels que « En Marche » ou « Les insoumis ». Ce processus entérine la défiance vis à vis des vielles structures et la goût pour les nouveautés, propre à notre siècle. A droite, une véritable réflexion doit s’opérer sur le sujet, car s’il y a bien dans un camp que les partis ont échoué plus qu’ailleurs, c’est chez nous. Regardons les choses clairement : les deux partis existants, Les Républicains et le Front National, sclérosent les bonnes volontés et entrainent dans leur pesanteur tout espoir de refondation véritable. L’un et l’autre s’assoient sur leur base électorale et sociologique, les stérilisent et les condamnent à l’impuissance. L’appareil politique des Républicains est gangréné par une multitude de centristes ayant plus à faire avec Macron qu’avec le moindre petit électeur qui votait auparavant RPR. Dès lors, les militants peuvent voter, lors de leur Congrès, pour des motions de « droite forte » ou de « droite populaire » sans infléchir aucunement la tendance lourde du mouvement à basculer toujours au centre. Cette droite, face au défi Macron, a déjà commencé à se fissurer. Quant à celle qui tient encore un peu debout, elle se prépare, contre Macron, à fabriquer une opposition qui se limitera à des questions économiques d’importance ridicule, sinon absurde. Déjà, dans cette campagne législative, l’opposition se cristallise autour des points de TVA ou de CSG. Baroin a tenté une sortie pour définir sa droite, et celle-ci se circonscrit manifestement à la question des impôts. Qu’est ce qu’une droite dont le seul projet de société serait de baisser les impôts ? Et pourtant, Wauquiez mis à part, la plupart des impétrants aux législatives, du côté des Républicains, n’ont que cela en tête, étant entendu que les leur ne sont, hélas, ni bien faites ni bien remplies.

Du côté du FN, Marine Le Pen s’est enfermée dans un piège dont elle ne pourra sortir sans difficultés majeures. La toute-puissance stratégique qu’elle a laissée à Philippot, couplée aux philippotistes bien placés pour les législatives, la met face à un dilemme inextricable. Florian Philippot ayant habilement, et, aussi, notons-le, courageusement, brandi la menace de son départ en cas de modification de sa stratégie (notamment sur l’euro), Marine Le Pen se doit de choisir entre deux inconvénients : soit elle ne change rien, sinon la façade, et persiste à donner un chèque en blanc stratégique à son lieutenant, ce qui l’expose, en conséquence, à subir une fronde majeure à l’intérieur même de son mouvement, soit elle assume un revirement stratégique et souffrira sans discussion du départ de Philippot et de ses hommes. Si elle opte pour la deuxième solution, Marine Le Pen sait qu’elle connaitra alors les foudres médiatiques qui ne manqueront pas d’interpréter son départ comme l’échec de la professionnalisation et de la dédiabolisation du FN, deux éléments que Philippot a su, bien illégitimement, incarner à lui tout seul dans le vieux parti nationaliste. Marine Le Pen est donc bloquée, et elle est trop intelligente pour ne pas le savoir. Ceci n’est, sans doute, pas étranger à la petite dépression qui la mine actuellement. Hélas pour elle, il lui sera de toute façon difficile d’opérer un virage de 180 degrés sur sa stratégie : son débat a laissé trop de traces et il lui sera impossible d’incarner demain celle qui pourrait rassembler la droite. En conséquence, le FN, même sous un nouveau nom, risque de stagner bien inutilement dans les années à venir. Il ressemblera de plus en plus au PCF des années 70 : assis sur une grosse base populaire mais incapable de le dépasser, il stérilisera tout une partie de l’électorat sans promesse de victoire. Gageons que de nombreux cadres de ce mouvement se contenteront de cette rente électorale pour continuer de gagner leur vie et d’empêcher aussi, à l’instar des Républicains, toute refondation utile.

Les orphelins

Au milieu de ces engeances, désespérés et lucides, vont vivre de plus en plus d’orphelins qui ne se reconnaitrons plus dans ces deux vieux partis ‘’de droite’’ (les guillemets sont, hélas, de rigueur). Même si ces gens seront nombreux, intelligents et plein de bonnes volontés, ils vont s’exposer à deux soucis majeurs : d’une, nous venons de l’évoquer, à la pesanteur des partis existants. De deux : aux attaques continuelles de la gauche et de ses relais médiatiques. Ceux-ci ont déjà compris que le danger, pour eux, pourrait venir de là, et ils ne manqueront donc pas de diaboliser tout rapprochement de la droite. Je le vois rien qu’à mon échelle : à la question « pourrais-tu participer à cette refondation de la droite ? » suit toujours immanquablement « ne penses-tu pas que tu es trop grillé ? ». Autant que je sache, je ne grille qu’au soleil. Et pourtant, cette question, étonnamment, se pose, vicieuse, malveillante, perverse au possible. Moi ? Grillé de quoi ? D’avoir rejoint le FN quand j’avais 20 ans pour le quitter ensuite ? Cela grille ? Jusqu’à quel point ? Ridicule. Et le même procès est intenté, sous des intitulés différents, certes, aux membres de la droite véritable, à Sens commun, aux buissoniens en tous genre, censés vouloir faire « gagner Maurras » plutôt que la France, et tutti quanti.

En conséquence, et ce sera là notre deuxième commentaire, cette droite qui veut vivre et gagner aura pour deux objectifs d’être capable de penser, d’abord, en dehors des partis existants (un mouvement d’un type nouveau se monte tellement vite…), puis de savoir résister aux journalistes et aux oukases. Non, cette droite n’est pas d’extrême-droite. Nous en avons assez de cette façon de penser diabolique qui consiste à situer à l’extrême-droite tout ce qui n’est simplement pas de gauche. L’extrême-droite répond à une définition politique assez claire : racisme, antisémitisme, volonté de prendre le pouvoir par la violence. Cette droite qui veut vivre n’a donc aucune de ces caractéristiques et elle porte seulement des valeurs, une vision, un projet, qui, certes, ne sont pas de gauche. Elle est la droite, point final.

Aussi, si ses représentants parviennent à injecter dans leur sang un peu de fronde, pour échapper aux partis, et un peu de courage, pour cesser de trembler face aux journalistes, l’espoir lui sera rendu. C’est à ces conditions qu’elle pourra être une force, et une force, permettez-moi, en marche.

50 nuances de Costals

27/07/2014

Nota Bene : quand je dis « les femmes » ou « les hommes « , je veux bien sûr dire « ce que je crois être la majorité des (…) », car j’ai bien conscience que « tout le monde est différent », « qu’il ne faut pas faire d’amalgames », etc. mon cul sur la commode.

Le hasard a voulu que, tandis que je finissais le troisième tome de la série « Les jeunes filles » de Montherlant (j’en lis un par été depuis 2012 : le plaisir en est si grand que je le fais durer), je tombe sur la bande annonce du film inspiré par le roman « 50 nuances de Grey » de E.L James.

Impossible de ne pas tomber dessus, soit dit en passant, puisque je ne sais le nombre de filles, après m’avoir ô combien emmerdé avec ce roman, il y a deux ans, partagent désormais toutes cette vidéo sur leurs réseaux sociaux : 

Mister Grey est le cliché le plus parfait des fantasmes féminins, un poncif tellement caricatural, à vrai dire, qu’un homme ne peut s’empêcher de rire à sa description. Riche, puissant, charismatique, gardant toujours le contrôle, mais ! mais dissimulant une enfance difficile, un côté bad boy, une immense fragilité, une perversité sexuelle semble-t-il fascinante… mais ! mais ! mais ! Ce n’est pas tout : ce mister Grey va s’attacher à une fille qui n’est pas grand chose (mythe de Cendrillon), tomber complètement amoureux d’elle, lui être fidèle à jamais, et, surtout, cette fille va le faire changer. Ô niaiserie ! Ô bêtise ! 

Ainsi, ce que je jugeais exquise discrétion n’était que haine féminine pour la réalité ! La confiance par l’ignorance, voilà qui est essentiellement féminin. Elles élaguent dans un homme, dans un auteur, tout ce qui leur déplaît, tout ce qui n’est pas conforme à leur « Rêve ». L’athée, pour elles, est censé « chercher », le dur est censé être un tendre, l’euphorique est censé être un inquiet, la crapule est censée être un honnête homme.

Elles n’aimes pas des êtres réels, mais des fantômes ou des archétypes, et elles le savent. Et on s’étonne qu’elles soient maladroites ! Et elles s’étonnent d’être, à la fin, « déçues » !

Le démon du Bien, 3eme tome des Jeunes Filles.

Alors, comparaison n’est peut-être pas raison, mais la raison compare.

Il y a ce Mister Grey d’un côté, mirage fantastique pour les rêves de femmes, et puis il y a Costals, le héros des Jeunes Filles de Montherlant.

Costals est plus véridique, et il est même plus franc : 

C’est ce que vous devez comprendre. Attention à ne pas me préférer l’idée que vous vous faites de moi. Il faut me prendre avec mes dépendances : les écuries et les latrines.

Pitié pour les femmes, 2eme tome des Jeunes Filles.

Costals est un écrivain renommé d’une grande indépendance et d’une immense solitude, et c’est un chasseur. Il va de femmes en femmes et n’a que mépris pour elles, mais un mépris qui se mêle, comme de mise, d’une attirance irrésistible, et, presque, d’un véritable amour (il n’y aurait qu’un moderne pour s’imaginer que le mépris ne peut pas marcher avec l’amour). Costals est la version humaine, la version homme (avec un H ou un petit h) de mister Grey : lui aussi est riche, puissant, charismatique, fascinant, mais lui n’est pas fidèle, lui ne s’attache pas à une femme et rien qu’à elle, lui a le mariage et le couple en horreur, lui est d’une dureté, d’un cynisme et d’une immoralité parfois insoutenables. Mais les femmes l’aiment quand même, espérant plus ou moins secrètement pouvoir « le faire changer » pendant que lui rigole de telles velléités. Car le drame, pour les femmes, c’est que Costals est heureux comme ça.

D’ailleurs, la comparaison entre Grey et Costals me fait penser à un paradoxe qui est, crois-je, assez révélateur, bien que je n’ose pas aller chercher jusqu’au bout de ce que ce paradoxe suppose. Grey a peut être toutes les qualités d’un homme parfait pour les femmes, mais sexuellement, il veut leur faire du mal. Costals, au contraire, aussi misogyne qu’on pourrait croire, déclare ceci : 

Ce que je demande à une femme, c’est de lui faire plaisir.

Ce qui me fait immanquablement penser aux vers de Valéry, que j’adore :

Je sais où je vais,
Je veux t’y conduire,
Mon dessein mauvais
N’est pas de te nuire…

L’Insinuant, Poésies de Paul Valéry

J’arrête là. Mais quoiqu’il en soit, entre les niaiseries en cuir que sont ces 50 nuances de Grey et la formidable inspection de l’âme humaine, tant féminine que masculine, que sont la quadrilogie des Jeunes Filles, « il n’y a pas photo » comme dirait l’autre… Mais peut-être qu’en vérité l’un n’est pas si incompatible que ça avec l’autre. Peut-être même que pour bien comprendre le pourquoi du comment d’un Grey, il faut écouter Costals, ses dures vérités et ses cinquante nuances à lui. 

Rock & Révolution

Conseillé par un membre de la famille, je découvre le groupe Ratt qui manquait singulièrement à ma culture auditive, pourtant friande et assez bonne connaisseuse de hard-rock.

Je ne ferai pas maintenant un éloge de ce que l’on appelle le hard-rock ou le métal, mais je préciserai que ce genre est loin d’être la caricature qu’on lui prête bien souvent. On sous-estime largement sa qualité musicale. Déjà, il faut savoir qu’un groupe de hard-rock est généralement composé d’excellents musiciens, capables d’improviser des solos avec n’importe lequel de leur instrument à l’instar des musiciens de jazz ou du blues. Certaines compositions et certains solos atteignent ainsi une maestria, pour les amateurs de musique, qu’il est désormais impossible de retrouver dans les autres genres musicales modernes. D’ailleurs, en vérité, le hard-rock n’est plus du tout moderne : son modèle appartient aux années 70, 80 et encore un peu 90, bien que des groupes de rock-garage comme Nirvana (c’est à dire précisément sans véritables musiciens) aient définitivement appauvri le genre à partir de ces années.

Bref, sans être la perfection absolue du modèle, Ratt s’écoute et régale à bien des égards. Grosse batterie, rif intéressant, solo impeccable, refrain efficace.

Dans le même temps que j’écoute à nouveau du hard-rock, me voilà plongé dans le livre de Philippe Pichot-Bravard sur la Révolution Française.

Ce livre a le mérite de ne pas être simplement une histoire de plus de notre Révolution, il essaye d’aller découvrir ce que celle-ci a supposé et suppose encore comme changements de paradigmes politiques, sociaux, et, presque, anthropologiques.

Mon imaginaire, propulsé par cette lecture, ne peut s’empêcher de rêver à de nouvelles révolutions. A supposer que le jeu démocratique ne suffise pas, ne suffise plus, et que les institutions soient à ce point bloquées qu’on ne puisse plus, à travers elles, engager un processus de régénération de la Nation (pour parler comme en 1789), alors peut-être faudra-t-il songer à la mise en œuvre d’une nouvelle Révolution Française.

Avant que les Torquemadas de la République s’insurgent en lisant de telles évocations, peut-être devraient-ils penser à ce qu’ils doivent aux révolutions successives dans notre pays. 1789, 1830, 1848 : sans révolution, ils n’auraient pas leur très chère République.  Ils savent mieux que quiconque que, parfois, il est impossible de faire autrement. Alors, interdits comme ils sont de contester l’idée même d’une révolution, qu’ils se taisent et me laissent continuer.

En réalité, il n’est pas si difficile que cela de faire une révolution, même aujourd’hui. Sans compter que la France et sa centralisation sont faites pour les révolutions, ce qui aide beaucoup. Pour ce faire donc, il faut un esprit du temps très contestataire vis à vis des classes dirigeantes et des institutions (nous l’avons), pour que la majorité laisse faire ; il faut des forces de l’ordre prêtes à tourner casaque (nous les avons), comme en 1789 Louis XVI dut retirer les régiments autour de Paris par défiance à l’égard de leur loyauté, laissant ainsi le champs libre aux parisiens ; et il faut enfin mille jeunes gens, peut-être deux ou trois mille, fonçant, un beau matin ou un grand soir, sur l’Élysée, pour y déposer le gouvernement et instituer sur-le-champ une nouvelle constituante.

Mais en définitive, ce qu’il faudrait surtout, c’est un peu de rock.  

Vienne la pluie, viennent les films

21/07/2014

Je profite de ces vacances et de la pluie pour me faire* une culture cinématographique (un prétentieux dirait « refaire », comme ceux qui disent invariablement qu’ils relisent tel ou tel classiques pour ne pas avouer, qu’en fait, ils les découvrent). Évidemment, mon goût développé et coupable pour les dernières sorties m’ont quand même fait voir quantité de merdes au milieu des chefs d’œuvre. Pour n’en citer qu’une, « Noé » de Darren Aronofsky avec le pourtant excellent Russell Crowe, le seul qui surnage d’ailleurs (simplement grâce à sa bonne gueule) dans ce déluge de clichés et de dialogues insignifiants. Nullissime ! Mais quand même, pour rire un peu, bons points à Noé expert en maniement des armes, aux tenues ultra-seyantes des héros, aux anges déchus et aux bestioles en images de synthèse facturées début années 2000, au méchant forcément très méchant et aux hurlements d’Emma Watson, insupportables et pas du tout crédibles.

Bref, je suis allé voir du côté de Delon, qu’en fait je ne connaissais surtout qu’à travers sa légende et très peu dans ce qui la permise. J’ai regardé coup sur coup Plein Soleil et Le Guépard.

Je connaissais déjà le très machiavélique scénario du roman de Patricia Highsmith qui me fait penser à une sorte de bovarysme extrémiste. Le syndrome de Mme Bovary, défini par Jules de Gaultier comme étant « le fait de se concevoir autre que ce que nous sommes » semble ici poussé à sa logique extrême : non content de s’imaginer et de se vouloir autre, Tom Ripley va assassiner cet autre et prendre sa place. Naturellement, c’est un régal.

Pour continuer sur l’évocation du bovarysme, je resterai au XIXe siècle, car, finalement, ce roman et son film me rappellent des histoires très françaises à la Rastignac, lesquels, Rastignac et autre Julien Sorel, seraient simplement mues par une logique beaucoup plus perverse et surtout bien plus prêts à tout. Une logique beaucoup plus moderne en somme.

En fait, si je songe à ces héros, c’est que je m’attache à Tom Ripley avec le même sentiment qui crée mon affection pour ses illustres prédécesseurs : celui d’une tendresse pour l’homme de rien qui doit supporter la morgue des nantis et pense que, les valant cent fois, il doit et peut prendre leur place. Quant aux moyens utilisés pour ce faire, c’est un dilemme qui court dans toute la littérature et dans tout notre imaginaire. Certains peuvent aller jusqu’au crime, et, d’une certaine façon, il y a dans Plein Soleil un thème qui rappelle aussi Crime et Châtiment de Dostoïevski, mais un Crime et Châtiment dénué définitivement, lui, de toute moralité.

La réalisation du film et le jeu d’acteur souffrent toutefois un peu, je trouve, du temps qui a passé. Mais le visage et le regard de Delon, notamment lors des scènes de séduction de la fin avec Marge, restent absolument fascinants.

Ayant terminé Plein Soleil, je suis passé au Guépard. Inutile que je ramène ma fraise sur le film, en lui-même, de Luchino Visconti, car il ne viendrait à l’idée de personne de discuter d’un chef d’œuvre pareil. Je parlerai plutôt de ce qu’il m’a surtout évoqué :

A en juger par la persistance du thème du Guépard dans énormément d’œuvres européennes, tant romanesques (c’est, là encore, presque tout le XIXeme siècle) que cinématographiques (de La grande illusion aux Visiteurs, si vous me permettez) j’en viens à penser que le passation de pouvoirs entre l’aristocratie et la bourgeoisie reste un véritable traumatisme européen qui s’exprime encore, soit consciemment par des maîtres comme Renoir ou Visconti, soit inconsciemment par lapsus esthétiques et éthiques. Il est révélateur que ces œuvres révèlent toujours un aristocrate beau, digne et charismatique en face d’un petit bourgeois vil et médiocre, lequel se développe toutefois pendant que l’aristocrate se voit le témoin d’un monde – le sien – qui disparaît.

Il y a dans l’âme européenne une nostalgie qui parfois ressort pour un monde autrefois dirigé par des hommes et des valeurs aristocratiques qui, je trouve, n’en a que plus d’acuité aujourd’hui alors que les bourgeois et leurs valeurs ont totalement triomphé. Cette nostalgie et ce parfum se retrouvent très souvent dans les productions mentales européennes, tandis qu’ils sont totalement absents des productions mentales américaines (l’équivalent, aux Etats-Unis, serait l’évocation du Old South dans les films, la littérature et la mémoire).

Alain Delon, quant à lui, est absolument magnifique, et, en le voyant si beau, je ne peux réprimer cette fierté patriotique bizarre de l’appartenance qui me fait murmurer, heureux : « cet homme est Français ».

Quant à l’ardente Claudia Cardinale, sa poitrine haletante, devant le lit baldaquin d’une des pièces du palais de Tancrède, a dû sans doute accélérer le réchauffement climatique. On n’entend pas les écologistes là-dessus. C’est un tort.

Orgueil oblige

19/07/14

J’ai toujours été frappé par les gens qui étaient prêts à s’asseoir sur eux-mêmes… histoire de rester assis. Le manque d’orgueil, au sens noble du terme, est sans aucun doute un des nombreux maux du temps, et en tous cas, une des causes de sa médiocrité. L’absence d’orgueil ouvre la porte au cynisme, à l’opportunisme, au mensonge et à la vanité. L’orgueil, lui, crée des hommes sans doute moins sociables, moins béats, plus graves et, peut-être, plus durs à vivre ; mais il est, en fin de compte, une garantie. Il est une garantie de dignité, de franchise, d’honneur et de hauteur en toutes circonstances.

« A quoi reconnaît-on une société médiocre par rapport à une société supérieure ? A ce qu’elle rejette les orgueilleux pour laisser toujours le champ libre aux tappineurs et aux louvoyeurs. »

Ci-gît l’orgueil en politique, laissée aux « débrouillards de la décadence » (comme disait De Gaulle dans un de ses discours d’après guerre), laissée aux léchouilleurs de tous poils et de toutes obédiences, laissée aux flagorneurs et aux démagogues.

Ci-gît l’orgueil en société, dans laquelle ne doivent vivre que des satisfaits, des égaux et des égotiques (des égautiques* devrait-on dire, un mélange entre des nivelés plus bas que terre et des auto-centrés sur eux-mêmes), ainsi que des gens prêts à tout pour une place.

Ci-gît l’orgueil en amour, devenu le théâtre des nécessités, des arrangements et bien souvent des soumissions. Cet « infini mis à la porté des caniches » comme écrivait Céline, a presque fini par ne devenir, par l’absence d’orgueil et de dignité, qu’un os à ronger pour caniches.

Mais que reste-t-il, sinon l’orgueil, à quelqu’un qui, fondamentalement, n’a rien ? Il pourra mourir pauvre et abandonné celui-là, mais il lui restera son orgueil, et ce sera déjà ça.

Ceci dit, je ne sais plus où j’ai lu que les peuples ne se révoltaient pas pour des raisons matérielles, mais lorsqu’ils se sentaient humiliés. Comme quoi, quelle que soit la société, l’orgueil reste le seul sentiment qui fait avancer les choses, et tant pis pour la casse.

A qui la faute ?

18/07/14

Je trouve dans « La révolte des masses »d’Ortega Y Gasset quantité de réflexions qui sont miennes depuis déjà de nombreuses années. Rien d’étonnant là dedans tellement il est évident que tous les individus étant un jour tombés nez à nez avec « l’homme masse » que décrit Ortega n’ont pu, nécessairement, que se poser les mêmes questions.

Cela dit, je retire de cette lecture (tardive, s’il en est, tant cet ouvrage m’était chaudement recommandé depuis des lustres) foule de précisions sur le mal que je conspue depuis toujours, ne fût-ce parfois qu’instinctivement. Sur cette figure de « l’homme masse »qui règne désormais en maître dans nos sociétés, je reviendrai plus tard. Mais comment n’y reviendrai-je pas quotidiennement ? On tombe sur lui tous les jours.

Puisque l’oeuvre d’Ortega y Gasset est traversée par ce souci d’une élite qui reste, selon ses mots, « une minorité exemplaire », sans qui le triomphe de l’inerte et du seňorito satisfait est inéluctable, je repense à un dilemme d’enfance :

« La médiocrité règne, mais à qui la faute ? Au peuple qui n’a finalement que les élites qu’il mérite ou à ces mêmes élites qui le trompent et l’abusent ? »

De la réponse à cette question a sans doute déterminé, au moins en partie, mon existence. Si j’avais décidé que le peuple – dont je viens – n’avait, au fond, que ce qu’il méritait, que ses élites nullissimes et charognardes n’étaient que ses propres émanations, qu’il était vain de vouloir l’élever et le faire prospérer, qu’il ne méritait pas qu’on se batte pour lui, alors, sans doute, serais-je devenu trader ou avocat d’affaires. J’eusse choisi une voie pour moi-même, volontiers méprisante pour « la société » et ceux qui la composent.

Certaines de mes connaissances, parfois même de bons amis, ne se gênent pas pour me dire que c’eut été la voie la plus raisonnable…

Mais j’ai choisi, au mépris du peuple, la contestation des élites. D’où une existence de politique et de publiciste. Je me rattache à l’idée que le poisson pourrit toujours en premier lieu par la tête mais que le corps reste encore sain.

Je m’y rattache et m’y accroche aujourd’hui avec le dogmatisme de celui qui crèverait presque si d’aventure il apprenait qu’il s’était trompé.