La Syrie et moi.

D’ordinaire, je sais qu’il ne sert à rien de se justifier. C’est même la première leçon à savoir pour une figure plus ou moins publique : avancer, continuer d’avancer, proposer sans cesse de nouvelles choses et ne pas laisser le temps aux commentaires. Ceux-ci, à l’ère d’internet, changent toujours à une vitesse impressionnante : untel dira ceci ou cela sur vous un jour, pour dire exactement l’inverse trois mois plus tard, en fonction de ce que vous lui aurez alors donné à manger. C’est si dérisoire que ça en en est grotesque. La seule chose importante étant de toujours créer un effet.

 

Mais, cette fois-ci, je ne vais pas suivre ma propre règle. Je vais me justifier, car de petites polémiques récentes m’ont affecté et j’ai lu tant d’absurdités qu’il convient peut-être que je m’explique.

Des gens mal intentionnés, ou innocemment ignorants, ou alors, sans le savoir, profondément vicieux, ne digèrent pas ce qu’ils estiment être « mon engagement syrien » de ces dernières années. Je vais donc essayer de dire le « pourquoi » de cet engagement qui a pu paraître excessif à certains.

D’abord, peut-être serait-il intéressant que les gens connaissent quelles sont mes inclinations et mes attirances depuis que je suis jeune. A 18 ans, je décidai de partir en Serbie, très proche du Kosovo (ville de Prokuplje) car un ami serbe m’en donnait l’occasion après avoir ouvert les yeux sur ce qui s’était passé en 1999. Cela peut paraître anodin aujourd’hui de partir en Serbie, mais il y a 12 ans, pour un jeune de 18 ans, c’était assez original. Quand j’étais très jeune, j’avais haï les serbes, j’avais détesté Milosevic et je me rappelle d’un jour où je m’étais mis à pleurer sur le sort des albanais du Kosovo au prétexte que l’on pouvait voir partout dans les médias qu’un génocide était à l’œuvre. Les plus jeunes ne connaissent pas cet épisode, mais, à l’époque, on parlait de centaines de milliers de morts dans les Balkans. La suite, on la connaît : ce n’était encore qu’une fake new destinée à précipiter une intervention occidentale, créer un Etat maffieux et islamique en plein cœur de l’Europe et pour pouvoir y disposer une belle base américaine. Je suis ensuite parti à plusieurs reprises en Serbie. Je m’étais attaché à de nombreux serbes sur place et je défendais cœur et âme leur cause, car je la croyais simplement juste. Cet épisode initial m’a profondément marqué.

Par la suite, j’ai fait des études de Relations Internationales et de géopolitique. L’un de mes rêves était d’être géopoliticien, car aussi loin que je me rappelle, je me suis toujours particulièrement intéressé à la diplomatie, aux conflits dans le monde – à l’international, comme on dit. Plus, en vérité, qu’à la politique française stricto-sensu. Je ne dis pas que c’est bien : je dis que c’est comme ça. Nous ne sommes pas maîtres de nos dilections et je ne vois pas ce qu’il y a d’infâmant dans celle-ci.

L’épisode serbe, comme je le dis, me marqua à vie. Tout ce que je considérais comme injuste et, surtout, tout ce qui pouvait, in fine, avoir une incidence désastreuse sur mon propre pays et mon propre continent, me faisait directement entrer dans une brûlante passion. La passion, si elle était assez commune dans la France politisée et chaude de l’époque, passe désormais pour de la folie ou de la démesure à l’ère d’internet, l’ère du cynisme et du sarcasme permanent.

Dès lors, par exemple, lorsque les trompettes de guerre sonnèrent en Libye, je devins à la minute très offensif. Je n’étais pas « connu » à l’époque, donc seul mon cercle proche pu le constater. En revanche, parce que, cette fois-ci, j’étais déjà plus grand, nous avions fomenté avec des amis de nous rendre en Libye. C’était avant le déclenchement des frappes contre Kadhafi, j’étais encore à Lyon, finissant mes études, et une connaissance pouvait éventuellement nous faire rencontrer quelques membres important du régime. Cette connaissance était en train de monter un petit groupe qui pouvait partir afin de protester contre la guerre qui s’annonçait et j’étais fiévreux à l’idée d’en être. Au final, cette délégation ne prit jamais corps, Kadhafi tomba, et nous vîmes la suite. Un Etat détruit, des millions de migrants en Europe, une nouvelle victoire pour les néo-conservateurs. J’étais fou. Ces salauds avaient encore gagné.

Peut-être trouvera-t-on stupide cette volonté juvénile « d’y aller », et sans doute l’est-elle. Alors, peut-être faut-il encore un peu entrer dans ma psychologie : depuis que je suis gamin, je suis à la recherche d’aventures ; je déplore d’être né dans un monde sans grande passion, sans mouvement, sans goût. Je veux « y aller » pour voir, pour sentir, pour vivre. Ridicule ? Peut-être bien, oui, mais quand je vois que certains me reprochent méchamment d’être parti l’année dernière au Donbass, je ne peux m’empêcher de penser que ces mêmes personnes, qui utilisent leur fric pour ne partir qu’en club Med ou dans des destinations touristiques convenues, n’ont pas de leçons à me donner. Oui, moi j’ai préféré claquer mon fric pour partir en Serbie, Donbass, Syrie, là où l’on peut sentir la guerre, entendre des bombardements à 5h du matin, parler à des gens qui ont connu des choses que nous ne connaissons que dans nos jeux vidéo, tenter de comprendre, de sentir. Dès que quelqu’un me propose de partir quelque part où les gens ne vont généralement pas, je fonce. Mes amis le savent bien. Je suis, sans doute, un peu trop romantique, à une époque qui ne l’est plus du tout. Tant pis.

Venons en donc à la Syrie. Dès le début du conflit, sans même ne rien connaître au pays, je me montrai très engagé sur la question. Encore une fois, ce conflit était pour moi dans la même veine que celui du Kosovo, de l’Irak, de la Libye, quelque chose qui, in fine, aurait des conséquences graves sur la France et sur l’Europe. Un jour, on me proposa de partir dans une délégation de parlementaires pour aller à Damas. Imaginez ! Je dis oui dans la seconde. Partir dans le pays qui connaissait la plus grande guerre depuis le début du XXIe siècle, y rencontrer son Président, faire un gros doigt d’honneur à tous les bien-pensants de la Terre, tout en croyant profondément « être dans le vrai » ou « faire le bien », à la fois pour le peuple syrien et pour son propre peuple (tant la destruction de l’Etat syrien aurait ajouté plusieurs millions de réfugiés et plusieurs milliers d’islamistes sur notre sol), rattraper ce que je n’avais pas pu réaliser en 2010, voilà qui ne pouvait qu’exciter mon approche romanesque de l’existence. Le reste, vous le connaissez, le selfie (pure provocation, à une époque où j’avais volontairement renoncé à la politique), le buzz, le vomi de tout le politiquement correct et quelques milliers d’insultes et de menaces de mort de la part d’islamistes.

Il se trouve que, par la suite, je retournais plusieurs fois en Syrie. J’y fis des rencontres bouleversantes, je m’attachai profondément à des gens sur place, et puisque j’étais désormais connu pour mon soutien au gouvernement légitime syrien, je continuai de polémiquer sur le sujet à chaque fois que je voyais des mensonges ou des menaces de guerre un peu trop pressantes dans les médias français, je réalisai un beau reportage sur des jeunes syriennes que je connaissais et que j’avais envie de montrer au monde. En somme, j’utilisais ma position pour défendre quelque chose qui me semblait juste, en me moquant de la diabolisation que cela me valait. Je m’arrête une seconde sur l’attachement personnel : il est facile, lorsque l’on a le cul en France, de prendre tout cela de haut, ou à la légère, mais, quand on aime, véritablement, des gens sur place, qu’on leur parle régulièrement, qu’on a peur pour eux et qu’on essaie vite de les appeler quand on voit dans les « news » qu’un bombardement ou un attentat vient de se produire, il est difficile de rester zen à l’écoute de bêtises. Seuls des êtres ayant perdu toute humanité ne peuvent pas comprendre ceci.

D’autant que, avec le temps, je m’aperçus qu’à l’instar des Syriens, je gagnais la guerre. Ceux qui ne connaissent rien à rien et qui font semblants d’être bien intentionnés à mon égard en disant, l’air innocent : « comme c’est dommage qu’il se soit grillé comme cela à cause de la Syrie » ne se rendent même pas compte qu’ils sont quasiment les seuls à, précisément, encore me griller. Peut-être est-il judicieux de rappeler à ces petits bonhommes que je ne suis pas fou, et que je passe – au passage – le plus clair de mon temps parisien avec des journalistes, des politiques, des « importants », et que justement je suis toujours frappé de voir comme désormais presque tout le monde (à part les pires gauchistes qui de toutes façons ne m’auraient jamais aimé) me donne raison ou passe volontiers sur le sujet. Les seuls qui ne me pardonnent pas cet épisode syrien sont les islamistes, les pires gauchistes, et, à ma grande surprise, des gens… normalement censés être de ma famille. Ceci explique mes réactions violentes sur le sujet, car je trouve ce triptyque (islamistes, gauchistes, et certains de mes « soutiens ») assez hallucinant à vrai dire. Et quand bien même auraient-ils raison sur une diabolisation accrue qui, fatalement, me chevillerait, je leur rappellerai juste, un, que leur premier mouvement devrait d’abord être celui de me défendre, non de m’enfoncer (l’intérêt d’une famille, ce que la droite française ne sait pas faire) ; de deux, que je ne songe plus à une carrière politique ; de trois, que je suis un grand garçon plutôt convainquant quand je m’y mets, et que si je souhaitais vraiment refaire de la politique, ils seraient frappés de voir comme cet épisode Bachar El-Assad ne ferait, in fine, que deux papier dans la presse pendant deux semaines, que je saurais très bien me défendre et que tout le monde en aurait rien à foutre.

Le pire étant que, contrairement à ce que certains me prêtent, je n’ai pas particulièrement d’affection pour le Président syrien, et encore moins pour le Régime syrien. J’ai défendu le principe séculier de l’Etat et le moindre mal dans la région. Comme je l’ai déjà dit, si je devais demain faire une conférence d’une heure pour parler des défaillances et des fautes du Régime syrien, je pourrais le faire parfaitement, sans doute même mieux que ceux qui s’opposent à celui-ci, car je connais désormais intimement le sujet, contrairement à eux. Simplement, c’eut été un peu ridicule de faire ceci à un moment où tout le monde le faisait, et où la priorité, pour la Syrie comme pour la France, était la stabilité de l’Etat baasiste. De plus, je déteste la posture obligatoire du cynique qui ne prend pas parti pour paraître plus intelligent, très rependue actuellement. Ce type de postures est vraiment « petit français ». Je crois que je préfère peut-être davantage les passionnés du camp d’en face, qui soutenaient les rebelles, plutôt que les demi-habiles qui croient être dans le vrai au prétexte qu’ils connaissent cette immense vérité (woouaa) selon laquelle « tout le monde a des responsabilités dans cette histoire donc ne faisons rien ».

Pour terminer, je perds peu à peu mes jeunes passions et j’ai enfin la chance de les terminer sur une victoire. Aujourd’hui, je ne dis presque rien de différent que ce que Macron dit (sans la moraline qu’il se sent obligé saupoudrer dans ses discours à propos de la Syrie, car il ne peut faire autrement). Depuis déjà quelques mois, mon implication dans le cas syrien se limite à quelques tweets par mois, ce qui est peu, même si cela paraît encore trop pour certains. Dans quelques semaines à peine, sauf évènement majeur, je n’en parlerai plus du tout. Je continuerais de voyager, oui, simplement parce que j’adore cela. Si cela contrarie certains, qu’ils s’abstiennent simplement de me suivre. Je ne suis pas parfait, loin de là, mais si je devais recommencer, je referais tout à l’identique, car au final, je préfèrerais toujours une passion parfois un peu déraisonnée à aucune passion du tout.

N’en parlons plus.

Amitiés,

Réflexion sur la disparition de la droite

L’élection présidentielle française de 2017 n’aura pas connu de candidats de droite. Aucun. Entre les petits candidats et les deux gros représentants de l’aile droite de l’électorat – respectivement Les Républicains et Front National – il n’y eut personne pour incarner et revendiquer une filiation intellectuelle à proprement parler de droite. Dans les élections précédentes, Nicolas Sarkozy, bien aidé par des stratèges cultivés comme Patrick Buisson, parvint à faire illusion. Il fit campagne à droite et gouverna ensuite comme les autres. Mais dans celle de 2017, nous eûmes un représentant classique de l’orléanisme qui n’hésita pas à se revendiquer régulièrement, lui aussi, du progressisme, et une candidate populiste qui passa le plus clair de son temps à chasser sur les terres de gauche par le biais d’un souverainisme intégral qui, lui aussi, osa se revendiquer du progressisme. Ces deux représentants abâtardis de la droite perdirent lamentablement cette élection, laissant les clefs du vieux pays de France au successeur de François Hollande le socialiste, parfait représentant assumé du progressisme libéral de gauche. Aujourd’hui, la droite est en morceaux. Elle le serait à moins. Dès lors, tous les refrains scandés sont des variations d’un même thème : celui de la refondation. Comment refonder la droite ? Sur quelles idées ? Sous quelle forme ?

Déjà s’opposent les tendances. Dans la droite républicaine d’abord, beaucoup, subjugués par Emmanuel Macron, souhaiteraient entrer encore plus avant dans la « modernité », entendu au sens que lui donnent les représentants du camp d’en face. Dans la droite populiste, ou « extrême-droite », comme on l’appelle toujours, beaucoup aimeraient se muer encore plus davantage en un grand mouvement « ni droite-ni gauche », exclusivement représentant des classes populaire contre un « bloc bourgeois » composé « d’élites mondialisés » ou « égoïstes». En somme, la tendance des deux grands partis en exercice n’est en aucun cas un retour aux fondamentaux de droite, tant dans le fond que dans le style.

Pourquoi cette défiance des représentants politiques pour la droite ? Pourquoi celle-ci, dont la chance est de reposer pourtant sur un corpus doctrinal solide, des centaines d’auteurs prestigieux et une philosophie pertinente pour l’époque, ne parvient t’elle pas à s’incarner, à se représenter dans un mouvement politique ? Pour comprendre ce curieux phénomène, il est de surcroit impossible d’invoquer « l’esprit du temps », car celui-ci prête partout son flanc à la droite, ou du moins à ce qu’elle représente. Insécurité, terrorisme, crise identitaire, perte du sens, déchirement du lien social, désastre scolaire, enlaidissement du monde, recul de l’autorité, économies en berne, retour de la realpolitik à l’international : autant de gros titres quotidiens dans nos journaux qui appelleraient naturellement la réponse d’une droite solide et assumée. N’ayant plus gouverné depuis, au moins, le Général De Gaulle, elle n’est pour rien dans les désordres du monde actuel : dès lors, ses messages, sa praxis et ses idées seraient considérablement légitimes. Or, il n’en est rien.

La faute à quoi, alors ? Plusieurs explications s’offrent à nous.

D’abord, l’inculture de nos hommes politiques. Ceux-ci n’ont plus l’épaisseur intellectuelle d’autrefois. A cause du système scolaire, de l’air du temps et d’une certaine paresse, la maîtrise des humanités n’est plus la condition préalable à tout engagement politique. La communication seule sélectionne le bon grain de l’Ivraie électorale. Quant au pouvoir, le vrai pouvoir, il a quitté peu à peu les assemblées et les palais élyséens pour se nicher plutôt dans les sphères de la haute finance. Dès lors, les hommes de qualité prirent souvent, hélas, le même chemin que le pouvoir fuyant. Sortis des grandes écoles, ils privilégièrent plus tendanciellement les carrières dans le privé pour ne laisser la toge qu’aux seconds couteaux.

Cette médiocrité intellectuelle et culturelle est flagrante pour qui a déambulé dans les arcanes politiques. Les hommes de droite qui se proclament et se revendiquent « de droite » sur les plateaux télé seraient bien embêtés s’ils devaient justifier, philosophiquement, leur étiquette. A leur décharge, si le déficit culturel frappe l’ensemble de la classe politique, voire l’ensemble de « la nouvelle élite » parisienne et mondiale, il frappa préalablement tout ce qui tenait lieu de « culture de droite ». Cette dernière, dans la grande liquidation culturelle française, fut sacrifiée en premier. Sacrifiée, car inutilisable.

Par ce qualificatif : « inutilisable », nous en venons à la deuxième raison de l’incroyable fébrilité des hommes politiques Français voulant rester fidèles au corpus idéologique de droite : c’est que celui-ci a été marqué du sceau du péché. On prête à Staline ce conseil à la gauche : « Accusez toujours vos adversaires de fascistes. Le temps qu’ils se justifient, vous pourrez porter de nouvelles attaques. ». Il fut mille fois suivi, et Léo Strauss, dès 1951, théorisa cette tactique malveillante avec l’invention du « Reductio Ad Hitlerum », manière de stériliser tout débat par la diabolisation de l’adversaire de droite. Par cette manière de faire et d’échanger, la gauche triompha complétement, imposant ses valeurs, ses codes, ses symboles, sa rhétorique, ses idéaux et ses chimères au débat public. La droite, elle, fut (et reste) terrorisée. Jean-Philippe Vincent, dans son livre « Qu’est ce que le conservatisme ? », ironise à ce propos : « Un homme public français qui, interrogé sur ses goûts littéraires, avouerait, par exemple, qu’il trouve le style de Sartre aussi bon que celui de Paul Bourget, que Simone de Beauvoir écrit comme le Guide Michelin et que Camus n’a pas tout à fait l’aisance de son maître Barrès commettrait un suicide médiatique. ». Multipliant les amalgames, les injonctions et les oukases, accusant toujours la droite, dès qu’elle s’essayait à quelques fidélités ou à quelques idées, d’être raciste, nationaliste, pourquoi pas antisémite, et de « faire le jeu du Front National » – donc de l’extrême-droite, donc d’Hitler – elle parvient à imposer l’idée médiatique selon laquelle « tout ce qui n’est pas de gauche est d’extrême-droite », mettant ainsi fin à tout débat politique sérieux en France. En guise de droite, seule la version orléaniste de celle-ci fut tolérée par la gauche, c’est à dire une version droitière appauvrie qui n’est, historiquement, qu’une ancienne gauche. En résumé, tant que la droite parlait d’argent et exclusivement d’argent, celle-ci pouvait être acceptée dans le débat public. Mais si celle-ci devait parler de ses valeurs, user de ses références intellectuelles, être en accord avec son style – alors, gare à elle. La voilà qui tombait immanquablement dans le camp des maudits et des pestiférés. Ce stratagème de gauche fonctionne toujours aujourd’hui, et il n’a que faire de son incohérence, de son manque de rigueur et de son absence de probité. Qu’importe pour lui de défigurer l’Histoire, oubliant volontiers que la droite qui lu Barrès et Maurras résista autant à l’envahisseur nazi (ils étaient nombreux à Londres avec le Général) que les radicaux-socialistes qui eux, en revanche, votèrent pour beaucoup les plein pouvoir au maréchal Pétain. Quel homme de droite oserait avouer avoir lu Barrès et Maurras hormis un fou suicidaire ? Moi-même, je ne m’y risquerai pas. En revanche, il est toujours de bon ton de parler de Sartre, lequel défendit toute sa vie l’URSS stalinienne, ou de lire Libération, lequel chanta les louanges des khmers rouges. Il y a des millions de victimes moins graves qu’une page acrimonieuse d’un écrivain de droite. Cela n’a aucun sens, mais c’est ainsi. Quoiqu’il en soit, il est désormais inutile de multiplier les exemples démontrant l’inanité de la reductio Ad Hitlerum de la droite dans son ensemble, car quelques signes d’espoirs – notamment dans la jeunesse – tendent à montrer que ce procédé vicieux a perdu de sa puissance. Peut-être est-il enfin le moment pour la droite de pouvoir s’assumer sans risquer d’être directement marquée du sceau du diable. Gageons que le débat intellectuel français n’en sera que vivifié.

Troisième et dernière raison de la peur de la droite d’être elle-même : sa mauvaise image dans l’opinion. Reconnaissons que celle-ci ne date pas d’hier : sous la IIIe République, un groupe de droite siégeait au Sénat sous l’appellation « gauche républicaine » par peur d’être assimilé à une dénomination problématique. La tradition bonapartiste elle-même, pourtant classée à droite par René Rémond dans son célèbre essai sur les droites françaises, a toujours répugné à se qualifier de la sorte. De Louis Napoléon Bonaparte jusqu’aux mouvement populistes actuels, en passant par le Général De Gaulle, ceux-ci préférèrent toujours se caractériser comme « patriotes », au dessus des clivages, ou « souverainistes », comme nous l’entendons aujourd’hui. Deux causes se dégagent de cette étrange pudeur. L’une appartient à la philosophie de la droite elle-même : celle-ci se conçoit comme « naturelle » quand la gauche est constructiviste. Elle doit incarner ce qui est, dans l’ensemble, et non un camp particulier. En conséquence, elle serait « la France », en l’état, prise au moment présent, avec son héritage et son essence propre, sans velléités particulières d’évolution ou de changements. La gauche seule avancerait et voudrait changer les choses. A défaut de vouloir incarner ce qui est, la gauche voulu toujours incarner ce qui sera. Ce point de vue eut des conséquences néfastes sur la vie politique de la droite, et ce depuis l’origine, car, dès lors, de l’incarnation fière et assumée de ce qui était, à l’accusation d’immobilisme permanent, il n’y eut qu’un pas. En refusant d’être un camp, une idéologie particulière, une « force qui va », pour n’être qu’une force qui conserve en embrassant la totalité présente à un moment T, la droite s’est elle-même coupée de la possibilité de se nommer elle-même. En restant fidèle à ses principes premiers, ceux, hélas, du refus de toutes marches en avant, elle a du même coup répugné à l’idée même d’un nominatif. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous discuterons à la fois de la nature profonde et de la possibilité de la droite, mais nous serions injustes si nous n’évoquions pas aussi les résultats de la puissance idéologique de la gauche sur l’incapacité de la droite à se poser comme telle. Un élément apparait clairement dans l’inconscient régulièrement honteux de la droite : elle a longtemps incarné l’égoïsme des possédants, la défense des intérêts particuliers et l’injustice intrinsèque des puissants, tandis que la gauche, reprenant à son compte tout le vieux fond de la morale chrétienne, était, elle, du côté des exclus, des faibles, de la justice et du bien commun. La droite, face à ces accusations, qui ont profondément pénétrées les consciences, n’a jamais su réellement se défendre. Qu’importe qu’elle fût peut-être la première à penser la condition sociale à travers les légitimistes qui, de Villeneuve-Bargemont dès 1834 à Le Play avec le catholicisme social, s’en prirent avec véhémence au capitalisme qui s’installait peu à peu. Qu’importe aussi les liens historiques que la droite entretint toujours avec « le petit peuple », notamment celui des campagnes ; qu’importe aussi les différentes avancées sociales que l’on doit au Général De Gaulle par exemple : la gauche a longtemps réussi à imposer la caricature d’une droite qui serait le minable et cynique parti des héritiers et des égoïstes. Actuellement, elle parle moins à son endroit d’égoïsme que de fermeture, au monde, au progrès, à l’avenir. Et là encore, la droite ne sait pas se défendre, coupée qu’elle est de ses références intellectuelles et manquant cruellement d’imagination. Et, disons-le clairement : de compétences.

Dans ce bourbier intellectuel et politique, au milieu d’échecs électoraux, de reniements, d’injustices, de lâchetés et d’incompétences, la droite cherche désormais à se reconstruire. La « refondation » de la droite française sera le thème majeur de la vie politique des prochaines années. Les plus optimistes d’entre nous espèrent que l’état déplorable dans laquelle elle se trouve est peut-être bien la promesse d’un renouveau important. Mais, pour ce faire, il est indispensable qu’elle retrouve non pas seulement un chef, des élus ou une quelconque combinazione politique qui lui permettrait de fanfaronner dans les assemblées, mais une véritable âme, un esprit – son esprit – pour ne pas dire une philosophie inspirée par ses plus grands penseurs, ses plus belles et ses plus profondes références. Sans cela, la « recomposition », la « refondation » dont on parle, ne restera que pure forme et ne s’exprimera qu’au travers de bisbilles politicardes inutiles.

Qu’un homme de gauche n’ait ni de mémoire ni de culture : cela peut aller à son teint. Mais qu’un homme de droite soit ainsi : voilà une aporie.

De la nécessité de changer l’approche du Politique

Bases théoriques de prochaines initiatives. 

La providence a voulu que je commence la politique très jeune. Dès mes 14 ans, je commençai à m’y intéresser assidument, mais des recherches me firent dire qu’il ne fallait pas que j’entre en politique avant mes 30 ans. Pourtant, je ne suivis pas mes propres directives et, entre le militantisme à la faculté et le porte-parolat du FN durant la campagne présidentielle de 2012, je mis sérieusement mes mains dans le cambouis. A 26 ans, j’arrêtai net, afin de jeter un regard rétrospectif sur mes années d’engagement. Quelque chose ne me convenait pas. Un sentiment profond m’indiquait que la politique actuelle comportait trop de superficialité pour avoir, réellement, une incidence sur le présent et le futur. Depuis lors, je réfléchis à cette question, ayant à cœur de trouver une approche différente de la nécessité politique, car en tout, évidemment, la politique reste absolument nécessaire.

Pourquoi la politique est-elle vaine actuellement ? Parce que ses acteurs la « jouent » plus qu’ils n’en font, dans la mesure où leur approche reste bloquée selon les schémas du XIXe et du XXe siècle. Je ne prendrai qu’un exemple : celui de l’idéologie politique. Au siècle dernier, quiconque développait une idéologie particulière, pour peu qu’elle soit un tantinet pertinente, trouvait immédiatement un auditoire. N’importe quelle association ou parti politique, lorsqu’ils avaient à faire des réunions, rassemblaient des centaines d’individus prêts à s’engager, et en particulier des jeunes (lesquels sont le fer de lance des grandes actions). Aujourd’hui, il est rare de rassembler plus de quelques dizaines de jeunes dans une réunion politique type « meetings ». Cela n’intéresse plus outre mesure. Les enjeux sont ailleurs. Pire : les personnes que les manifestations politiques rassemblent écoutent souvent d’une oreille distraite, centrées, en vérité, sur leurs propres problèmes et venues uniquement épancher quelques névroses. C’est la raison pour laquelle il est fréquent de constater que les individus les plus heureux et successful ne se trouvent généralement pas dans les partis politiques, laissant souvent ceux-ci aux frustrés et aux défaillants humainement. Cette « faiblesse » du matériel humain des mouvements politiques explique parfois la nullité de la politique actuelle, celle que les citoyens déplorent fréquemment.

Si la politique n’est plus le but ultime des individus les plus qualifiés, les plus énergiques et les plus brillants, et si les idéologies, les meetings et les manifestations ne rassemblent que si peu de monde (et surtout si peu de jeunes), c’est qu’il y a une raison de l’ordre de la nouvelle configuration sociale et psychologique de ce siècle.

Face à ce constat, que disent ceux qui s’engagent encore lorsqu’ils désespèrent ou s’énervent ? Généralement, voilà leur râle : « les gens d’aujourd’hui ne pensent plus qu’à eux, ils n’en ont plus rien à faire de la France ». Cette phrase, je l’ai entendu des centaines de fois et je l’ai moi-même prononcé à de nombreuses reprises. Or, aussi vraie peut-elle être, elle ne suffit pas si elle n’est approchée que dans version négative. Un constat négatif ne sert à rien s’il ne provoque pas l’émergence d’une nouvelle proposition pour le résoudre.

Pourtant, ce constat est riche en enseignements et ouvre la voie à de nouvelles approches de la chose politique.

Au travers de cette problématique, d’où vient l’incompréhension entre les acteurs politiques et les individus ?

D’abord, de la non compréhension des nouvelles conditions sociales et psychologiques dans lesquelles se démènent les gens aujourd’hui. La vérité essentielle est que nous sommes sortis de l’ère des masses pour entrer dans celle de l’individu. Or, la politique, sa rhétorique et ses « idéologies » persistent à se formuler comme s’il existait encore des masses en face d’elle. La politique parle de la France, du peuple, des superstructures, de ce qu’il faudrait faire pour le pays, l’Europe et le monde, quand les individus n’attendent qu’une réponse à leurs interrogations et leurs problèmes individuels. Dès lors, tous ces grands discours ressemblent à de la pluie qui tomberait sur du goudron au lieu d’une terre fertile : par nature, elle ne peut rien y faire pousser.

Conséquence, ou, plutôt, parallèle, les individus ne sont plus des citoyens. Toutes formes d’engagement nécessite une structuration mentale tournée vers et pour le collectif : respect des hiérarchies, assiduité, code de l’honneur, capacité au sacrifice, empathie, sociabilité communautaire, etc. Or, ce qui s’apprenait naturellement à la famille, à l’école, à l’Eglise et à l’armée n’existe plus aujourd’hui. Dès lors, tout discours à destination de citoyens à un moment, précisément, où ils n’existent plus guère, ne peut revêtir qu’un caractère superficiel. La politique devient un passe temps, un hobby dans lequel on peut s’engager quelques années comme on s’engagerait dans une association sportive ou dans de l’évènementiel pour y « rencontrer du monde ». Le sens profond de la politique est perdu. L’ère moderne inverse la proposition connue d’Aristote : l’homme n’est plus un animal politique, il est un politique animal, c’est à dire en somme, un être dont la politique est essentiellement tournée vers et pour lui même.

Que conclure de ce constat ? Que la politique doit muer. D’un discours traditionnel aux masses, elle doit devenir un espace de développement personnel. Elle doit concentrer son périmètre sur l’individu avant de pouvoir évoquer le collectif. Attention : il ne s’agit pas d’abandonner le principe collectif, mais il s’agit d’abord, pour elle, de récréer les conditions du collectif, et donc, par voie de fait, travailler en priorité sur l’individu.

Qu’est ce que cela signifie ?

  • MACRO – La rhétorique politique doit élaborer des discours articulant mieux principe de réussite individuelle et idées globales liées au collectif.
  • MICRO – La politique doit prioriser la formation individuelle. Mieux : elle doit investir dans le développement personnel, la formation exclusivement intellectuelle ne répondant pas aux enjeux posés par la problématique moderne de l’individualisme.

PS : Ce n’est pas la première fois que changements de paradigmes et d’échelles politiques s’opèrent. Déjà à la fin de l’Empire Romain jusqu’à la fin de la féodalité, la politique passa d’un lien collectif, général et étatique à une architecture de discours et d’actes à destination individuelle ou communautaire (la noblesse, les corps constitués). Le moment « néo-féodal » dans lequel nous entrons n’est qu’un écho lointain de cette période.

Marine, les philippotistes et moi

En ce moment, pas un jour ne passe sans que les philippotistes n’attaquent Marine Le Pen, son discours, ses méthodes et la voie nouvelle qu’elle semble vouloir emprunter pour son parti. Le divorce a été douloureux, et, comme dans beaucoup de divorces, il reste un peu de cet amour qu’on appelle généralement la haine. Les voilà faire, tous, leur petit chauprade : ils sont partis, mais reste l’obsession, peut-être même pire encore qu’avant, aiguisée par leur rapport « sentimental » à la politique. Ce comportement de jeunes puceaux lâchés soudainement par leur amour de vacances est assez comique. Un peu d’ironie supplémentaire nous ferait immanquablement penser à des petites racailles traitant subitement de « grosse pute » la jeune demoiselle qui les aurait éconduit.

Trêve de plaisanteries : par leur comportement, ils ont signé leur arrêt de mort politique. Ils ne seront, comme beaucoup, que des astres morts qui continuent de tourner autour de l’étoile Le Pen et sa galaxie frontiste. Des inutiles et des « rageux », comme ils aiment à dire. Rendons toutefois justice à leur maître, Philippot lui-même, qui, lui, essaie d’échapper à ce piège mortel. Sur les plateaux de télévision qu’il colonise toujours, il tente de parler d’autre chose que du FN. Mais le ver est dans le fruit, la sentence est déjà prononcée : désormais, il ne sera invité que pour parler de son ancienne maîtresse, son « patriotisme généreux » n’intéressant, il faut le dire, quasiment personne.

Je peux en parler maintenant. Moi-même, j’ai quitté Marine avec pas mal de rancœur à l’époque. Déçu qu’on ne m’écoutait pas plus, déçu des choix personnels de la patronne (tant stratégiques qu’en termes de ressources humaines), énervé par des comportements putassiers et médiocres, et sans doute encore très attaché sentimentalement à cette grande blonde dont toute la gestuelle et la psychologie transforment en une sorte de maman putative pour tous les adhérents au « club » FN. J’avais de quoi faire sérieusement ma diva. Or, si je m’expliquais tranquillement sur les raisons de mon départ via une vidéo sur le web, je prenais soin de refuser toutes les invitations médiatiques pour me déverser (je reçus des propositions du Grand Journal, BFM, etc.). L’astre mort et vindicatif, ce ne serait pas moi.

Et pourtant, j’ai de quoi rire aujourd’hui. Pendant des années, j’ai dit à Marine Le Pen qu’il ne fallait pas faire de la question de l’euro le problème fondamental dans une campagne électorale (je parle de forme, pas de fond). J’ai dit qu’il fallait à tous prix envoyer plus de signaux à l’électorat de droite. J’ai dit qu’il fallait parler d’Europe différemment. J’ai dit qu’il fallait travailler à une communication beaucoup plus positive, sortant des réflexes du « c’était mieux avant – il faut refaire comme à l’époque ». Troquer la posture populacière pour un grand sourire avenant. Et j’ai dit aussi que MLP ne pouvait pas s’entourer exclusivement que de profils philippotistes pour tout ce qui touchait à la stratégie et à la communication. Des notes, des emails à MLP et même un petit livre (sur l’Europe) en attestent. Aujourd’hui, je peux dire que j’avais mille fois raison.

Maintenant, Marine semble prendre cette voie que j’appelais de mes vœux, quand je n’étais qu’un petit jeune qui se démenait pour donner une voix au FNJ (ce que je fis avec succès, ce qui, d’ailleurs, énerva beaucoup de gens au FN…). Mais n’est-ce pas trop tard ? J’en ai le sentiment.

Que d’occasions gâchées, que de temps perdu. Tant pis. L’avenir s’écriera sans doute ailleurs, mais c’est un avenir que ne toucheront pas les philippotistes, puisqu’eux mêmes ont déjà choisi de rester accrochés au FN par leur haine amoureuse.

Tant pis pour eux, aussi.

 

En finir avec le complexe médiatique de la droite face à la gauche

Hier, la journaliste conservatrice Eugénie Bastié se fendait de quelques tweets expliquant qu’il lui était impossible de triompher dans un débat entre partisans et adversaires de la PMA, au prétexte que les « progressistes » se contentaient d’empiler les grands principes moraux (égalité, liberté, etc.) et les anathèmes en guise de rhétorique. Je me permettais de lui répondre que ce qui déterminait constamment leur victoire était simplement que la droite persistait de trembler face à ces mêmes anathèmes (toujours les mêmes : « réacs », « fachos », « extrémistes », « jeu du FN », « replié sur soi-même » etc.).

Pour préciser ma pensée, je parlerai de quelque chose que j’ai souvent remarquée dans ce genre de débats. La vérité est que les débateurs comme Bastié ou Polony (pour ne citer qu’elles, mais il y en a beaucoup d’autres) arrivent aux différents débats une main attachée dans le dos quand, en face, les gants de boxes sont déjà enfilés. Le débateur de droite (ou conservateur) veut se faire adopter par l’environnement hostile dans lequel il est plongé, et il pense pouvoir y parvenir en avançant des arguments rationnels, posés, et, croit-il, humanistes. Il aimerait par dessus tout que l’on reconnaisse son humanisme, que l’on écoute ses arguments, qu’on les soupèse, et qu’on le prenne ainsi pour un débateur tout à fait respectable. Les dissonances cognitives aidant, il estime même « que c’est là tout l’objet d’un débat : s’opposer des arguments entre personnes respectables », tout en espérant secrètement être encore invité la prochaine fois. Conséquence de cette approche tendre, honnête et naïve : les progressistes triomphent à chaque fois. Pourquoi ?

Parce qu’en face, ils ne vont pas à un « débat », ils vont à la guerre. Leur religion est déjà faite et il n’y a que des infâmes ou des hérétiques qui peuvent s’opposer à eux. L’adversaire n’est, de nature, qu’un monstre d’extrême-droite, ou flirtant avec l’extrême-droite, dont les idées sont intrinsèquement nauséabondes. Dès lors, ils peuvent avancer tels des chars d’assaut, ils peuvent caricaturer, « jeter leurs anathèmes » pour parler comme Bastié, jouant à leur faveur de la morale gaucho-humanitariste, ou libéral-progressiste, qui préside dans l’essentiel des salles de rédactions parisiennes.

Les « progressistes » peuvent se montrer zélés : ils ne seront jamais traités d’extrémistes pour cela. Mais la droite, elle, se doit de servir ses arguments dans un service en porcelaine, car si, elle, s’amusait à railler, à caricaturer, à jeter également des anathèmes et à affirmer avec force des grands principes sans se soucier du bon ton et de la convenance, alors elle deviendrait immanquablement « extrémiste » dans la minute.

Quel est donc le secret pour finir par gagner (car il faudrait peut-être y songer, un jour…) ? En avoir plus rien à faire de leurs anathèmes. Mettre aussi les gants de boxe et taper violemment, comme eux. Alors oui, au départ, il y aura une avalanche de points godwin et d’indignations larmoyantes. Mais, en y regardant bien, les accusations d’ « extrémistes » ou de « fachos » ne reposent tellement plus sur rien de rationnel et de réaliste que le public, lui, ne tombe plus dans le piège. Une insulte n’a de puissance que dans le crédit qu’on lui attribue. Le jour où tous les débateurs de droite n’auront plus peur des anathèmes et riront lorsqu’on leur les sert, la partie sera gagnée, et il y a fort à parier qu’ils finiront même par disparaître du paysage médiatique, ceux-ci ayant été démonétisés.

Des Eugénie Bastié, des Natacha Polony, et tant d’autres, sont brillantes et courageuses. Mais elles laissent toujours l’impression qu’elles s’excusent d’abord avant d’argumenter. A leur décharge (et j’en sais quelque chose, connaissant moi aussi comment le système médiatique fonctionne), adopter cette attitude est plus facile à théoriser qu’à pratiquer, car poser ses fesses sur un plateau de télévision est réellement intimidant. On ressent la lourdeur et le conformisme idéologique qui y règne. Toutefois, comme j’ai pu m’y essayer une fois ou deux, ou tel Eric Zemmour qui le fait régulièrement, avancer fièrement, ne s’excusant de rien, se moquer des adversaires et de leurs insultes, et assumer parfaitement qui nous sommes, vous procure des résultats sans commune mesure.

J’ajoute, pour finir, que quelles que soient les bonnes dispositions de ces journalistes et débateurs, ils seront toujours détestés par leurs contradicteurs. Une Eugénie Bastié pourra toujours essayer de donner des « gages » de son objectivité et de sa respectabilité, elle sera toujours à leurs yeux une petite conne réactionnaire confinant avec « l’extrême-droite ». Dans ces conditions, pourquoi ne pas, enfin, lâcher les vannes, et en finir définitivement avec ce complexe médiatique qui nous laisse toujours pantois et éternellement perdant ?

 

A propos de la polémique sur Saint-Martin

Surprise.

Depuis trois ou quatre jours, je suis enferré dans une petite polémique twito-médiatique que je n’avais pas vu venir à propos du drame de Saint-Martin.

J’ai besoin d’en écrire deux mots sur ce blog car les notifications twitter ne cessent pas et quelques journalistes bien avisés de la place de Paris (Le Monde, Libé, le Nouvel Obs etc.) se régalent et exagèrent à dessein une soi-disant fake-new que j’aurais commise.

Reprenons.

Je ne m’intéressais pas plus que cela à l’ouragan dévastateur qui approchait nos iles et le continent américain. Je savais que son passage allait être tragique mais, honnêtement (je suis en plein déménagement), je regardais cela de loin. Or, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, je recois plusieurs messages d’habitants de Saint-Martin ou de personnes y ayant des proches, me demandant avec insistance et désespoir manifeste de relayer leur malheur, lequel était à leurs yeux « minimisé » par les médias.

Je fis donc quatre tweets indiquant que les nouvelles de Saint-Martin étaient mauvaises, qu’il y avait d’odieux pillages, que les autorités manquaient, et que le nombre de victimes était important. Reprenant ce que l’on m’avait dit, je me risquais à dire « une centaine de morts ». Toutefois, je précisais bien dans mon dernier tweet que ma source était « des témoignages reçus » et non pas Dieu le père.

Plus tard, lundi, je « retweetais » une vidéo d’une femme en pleurs révélant qu’une gendarmerie avait été attaquée. Remettons les choses dans leur contexte : les vidéos de témoignages abondaient et il n’y avait aucune raison de douter de la sincérité des victimes de l’ouragan.

Je reçu alors une réponse à ce retweet par le compte officiel de la gendarmerie nationale, indiquant qu’aucune gendarmerie ne fut attaquée. Je répondis, sincèrement, que j’en étais fort aise.

Cette petite histoire de rien du tout fit le bonheur de quelques journalistes mainstreams qui s’empressèrent de faire de mon cas celui de la « fake new » incarné, d’une volonté démoniaque de désinformer, pleine de mauvaises intentions.

Bande de tarés.

Si je dois confesser une erreur, c’est d’avoir repris un nombre, une statistique, d’un des témoignages que je reçus. J’ai dit trop légèrement « une centaine de morts » quand je n’aurais du dire que « beaucoup de morts ». Mea culpa. C’est sur cette erreur que l’on m’attaque aujourd’hui, et je regrette de l’avoir commise. Mais sur le reste ? Sur les pillages ? Sur la violence ? Sur les manquements du gouvernement sur place ? J’avais raison et même les médias mainstreams ont été obligés d’en parler.

Ce qui m’énerve royalement dans cette histoire, ce sont tous ces abrutis de journalistes et ces gauchistes qui furent trop heureux de se jeter sur l’objet de leur fantasme, c’est à dire un odieux mec de droite soi-disant pris en flagrant délit de mensonges, alors que, pour le coup, je n’étais qu’un citoyen ayant partagé des messages de détresse que l’on m’avait fait parvenir, en précisant – je le rappelle – que je ne faisais que cela. Mais même en ayant expliqué ceci, je ne me lavais pas de ma culpabilité à leurs yeux, car celle-ci est intrinsèque, immanente, collée à mes basques « d’ancien du Front National » qui, s’il partage quelque chose sur les réseaux sociaux, ne le fait qu’armé d’intentions malveillantes, pour mentir et salir la merveilleuse société qui est la leur.

J’aime les polémiques. Mais celle là m’a profondément emmerdé. Ils ne me croiront jamais, mais j’étais de bonne foi quand j’ai fait ces tweets, et au final, je suis bien content qu’il n’y ait pas une centaine de mort mais seulement peut-être que deux dizaines. Mais à quoi bon le dire ? Ces tarés sont tellement vicieux qu’ils projettent sur les autres leurs vices. Non, moi je n’ai pas besoin de mentir pour mes combats. Et en l’occurrence, en plus, l’histoire de Saint-Martin ne faisait même pas particulièrement partie de mes combats.

Salut.

 

 

Mon nouveau blog

Bienvenue sur mon nouvel outil de travail !

J’y partagerai mes textes, mes vidéos, mes formations, des événements, et peut-être quelque fois mon journal.

Pas de blabla inutile, simplement : je ferai de mon mieux.

Julien Rochedy

Portrait sur Ozy.com, média américain

Most politicians’ Twitter accounts get hate mail. Julien Rochedy gets love letters. “He could be my husband in another life,” one women tweeted. “He’s just too hot!” And there was the male admirer who said his looks were a “weapon of mass destruction.”

Yes, he’s single, and his chiseled jaw, sexy stubble and perfectly tailored suits are quite attractive. But what’s truly jaw-dropping is what’s underneath: a right-wing heart harboring anti-immigrant views on par with the tea party. His other allies? A group of rising European conservatives, including France’s Marine Le Pen and the Netherlands’ Geert Wilders.

“We are witnessing a replacement of the French,” he tells OZY. “It’s very worrisome.”

The mention of right-wing politics in Europe often conjures images of angry skinheads, poor uneducated men and migrant-lynching mobs. Not Rochedy. The 26-year-old leads the youth branch of the Front National — France’s farthest-right party and third political force. Known for euro-skeptic and xenophobic views, it’s attracting a growing number of voters disenchanted with President François Hollande’s Socialists and ex-President Nicolas Sarkozy’s center-right party. Rochedy himself is anti-euro, and told OZY he believes protectionism is the model for economic success, citing the U.S. as an example.

Rochedy harbors a deep-seated longing to be taken seriously as an intellectual. Which is why he says he wants to quit his current job — as, essentially a young and pretty face — and pen a book, which he will describe only as “very polemical.”

“Voters are turning to [the FN] as an alternative to the traditional parties, and they are moderating their discourse to be more appealing. Julien is part of this new effort to give the party a makeover,” says Loïc Blondiaux, professor of political science at the Sorbonne University in Paris.

In Rochedy’s world, France suffers from three main maladies: an overly powerful European Union, a dangerous tide of immigration and the loss of “traditional values.” As for the EU, it’s making too many decisions for his country, and he resents the fact that France can’t control its monetary policy because of the euro. “France is undergoing a total loss of freedom,” he says. “It’s a big and beautiful country, but it’s no longer the master of itself.”

But unlike other right-wing politicians, Rochedy has an uncanny ability to discuss these issues without sounding hyperbolic or pissed off. Instead, he’s great at turning concepts on their head. “Today’s immigration is a new form of slavery. Bringing people here to do jobs that we don’t want to do or having children for us, it’s gross. I’m a humanist. So I much rather everyone stays in their own home.”

He often appears in debate shows where he leaves his rivals silently baffled with arguments like one he told OZY: “There are more doctors from Benin in France than there are in Benin. I, for one, think Benin needs them more than we do. Right?”

Still, he recently provoked a storm of criticism for saying he would favor a law to ban “homosexual propaganda.”

“The strategy of the Front National these days is to try and appear as a party like any other, but they are not,” says Laura Slimani, president of the Socialist Youth. “The times change, but they remain just as extremist and homophobic.” Rochedy, however, always has an answer: “I am not a homophobe. I think homosexuals have the right to practice their sexuality, but it’s something fatal for society because a nation needs to reproduce in order to ensure its continuity.”

His own beliefs began with Friedrich Nietzsche. He cites a “crisis in values,” a concept he encountered when he started reading Nietzsche at age 14; he went on to consume all the Nietzsche he could find. “Nietzsche talks about values that are symptoms of decadence and mediocrity versus values that emerge from grandness, willpower and strength,” says Rochedy. “He completely changed the way I saw things.”

He discovered the FN, founded by current leader Marie Le Pen’s father, Jean-Marie, as an 18-year-old student of political science in Lyon, in the south of France. “I liked Le Pen because he was a rebel and he was not afraid to shock people.”

At the time, 2006, few believed the right-wing movement could become a mainstream political force. Eight years later, the Front National got two members in the Senate for the first time and topped the polls in the European Parliament election, with 25 percent of the vote — an eightfold gain on the last one.

Rochedy thinks increasing youth engagement is key to his party’s success, and that’s precisely why he wants to step down as head of the youth branch. “I’m not really young anymore,” he says, “and I’ve been wanting to focus more in the intellectual side of things for a while. History is made by great men, not small politicians.” TV producers and female fans will miss his regular appearances on screen, and he admits he might miss it too. “It’s fun to crush your enemies. It’s good for the ego,” he says, while holding open the possibility of returning to politics later.

But it’s a long road toward becoming a thought leader. Especially when your epithet isn’t exactly one of intellectual heft — Rochedy is, for now, best known in the terms a gay news blog put it: “Young, beautiful and dangerous.”

Portrait sensible

Publié dans l’Antisondage.fr et Médiapart en 2012.

Croyez-nous ou pas, mais dans la rue, on a toutes les peines du monde à trouver des électeurs du Front National. Est-ce nos allures de bobos qui les rebutent ? Ou bien n’allons-nous pas aux bons endroits ? Où sont-ils donc, les douze pour cent ? Où diable se cache la droite nationale ? Car selon les conclusions, sûrement hâtives, de notre modeste expérience, c’est bien une indécrottable odeur de souffre qui plane encore sur le front. Autour de nous, on en connaît pas non plus, des frontistes. Question de milieu, probablement… Pour pouvoir respecter l’équilibre des tendances politiques, il ne nous reste plus qu’à ratisser le Web et ses réseaux sociaux, que Micky maîtrise à la perfection. De sa CYBER-pêche, il nous ramènera un gros poisson. Julien Rochedy est « célèbre » ; c’est une des figures de la campagne électorale de Marine Le Pen. Googlisable à souhait, on peut le voir sur Youtube dans des vidéos allant du débat sur LCI à la réunion interne des jeunes du FNJ, en présence de la responsable de la coordination avec le FN, si j’ai bien compris. Lors de cette intervention, Julien Rochedy, en tee-shirt noir et au commencement d’une jolie paire de biceps, expliquera notamment la stratégie du mouvement « Les jeunes avec Marine », conçu comme un outil pour aspirer les voix de tous les jeunes qui voudraient soutenir Marine sans pour autant être rebutés par le côté clivant de l’appellation FNJ. Juché sur un escalier, le jeune tribun est ici par la volonté du peuple et n’en sortira que par la force des baïonnettes. L’ambiance est chaleureuse, la harangue semble  convaincante.

Je lis déjà les commentaires sur notre page Facebook, sévères mais justes, qui vont s’insurger avec raison, bien sûr, du fait qu’on puisse « antisonder » encore et toujours un Parisien, et c’est très vrai que le Parisien n’est pas plus digne d’être Français que l’habitant de nos régions, mais qui plus est une vedette, alors que notre postulat de départ semblait promettre le portrait des humbles, des sans grade. À ceux-là, je dirai que sur les mêmes principes, la vedette parisienne n’en demeure pas moins digne d’être « antisondée ». Pour nous, Julien Rochedy sera donc simplement Julien.

Silence, on tourne. Entourant la place Victor Hugo, les immeubles Haussmanniens se détachent en une masse sombre et circulaire, mêlant aux tremblements des feux rouges et des phares de voiture les lumières de leurs appartements en reflets humides sur le trottoir. La nuit s’allume. Sous les guirlandes et les étoiles des neiges scintillantes aux frontons, dans les vitrines des pâtisseries artistement décorées d’architectures de chocolat et de mignardises, dans les salons de coiffure exhalant l’air  chaud et parfumé des cheveux des dames, Noël fourbit ses armes. Nous avons rendez-vous à la terrasse de la brasserie « Les Débats », où, légèrement en avance, nous commanderons au garçon une noisette et un café. Julien arrive et nous rejoint, casque intégral à la main. Pour lui, ce sera un thé citron.

 Souvent présenté sur les blogs comme un animal médiatique, le jeune homme possède en effet une belle plastique, mais surtout un visage volontaire et le regard franc. D’une sobre élégance, il porte sous son parka un pull mohair assorti au brun châtaigne d’une barbe de trois jours, une imposante montre carrée et un bracelet tressé – je lirai sur le net qu’il s’agit d’un bracelet Serbe – (je me disais aussi que l’objet était un peu « baba cool » sur les bords pour qu’il l’ait choisi spontanément), ainsi qu’une chemise blanche à carreaux fins, seule touche bleu marine qui dépasse du col rond. Parfaitement courtois, il nous confiera cependant qu’il était encore en 2007 un agitateur (je lis par ailleurs qu’il portait le crâne rasé et une boucle d’oreille), qui prêchait la bonne parole dans les files d’attente des bureaux de vote de Tain L’Hermitage dans la Drôme, uniquement au premier tour s’entend. Fraîchement émoulu de sa province natale, il nous confiera également être tombé des nues à ses débuts en politique après la parution de l’article « Julien Rochedy, le jeune frontiste qui présente bien » dans Rue 89, article plus qu’à charge dont une des premières phrases n’est rien moins que Julien Rochedy est gratiné. Pas de doutes, voilà un mec d’extrême droite. S’attendait-il à un portrait objectif de la part de  médias qu’il considère comme des ennemis politiques, à des citations entières de ses propos, respectant le contexte, insistant sur les nuances ? Ou a-t-il même seulement caressé l’idée d’avoir ouvert un chemin de Damas à cette journaliste de gauche, habitué qu’il semble à séduire la brune et la blonde ? Ah ! Jeunesse, folle jeunesse…

À volume raisonnable, en une syntaxe irréprochable, articulant soigneusement et prononçant toutes les lettres des mots sans avoir recours à des contractions, les propos de Julien ne sont d’abord guère différents dans leur contenu de ceux de beaucoup d’autres jeunes de son âge. Ainsi il aime les sorties, les cinémas, les voyages, thème qu’il abordera souvent, caresse l’idée d’arrêter de fumer en janvier, (la politique, nous dit-il, c’est beaucoup de cigarettes et d’alcool tous les soirs) et pense qu’il aurait du mal à assumer le poil aux jambes chez une femme. À la question : « Une femme pour la vie ou une fille pour chaque nuit », il nous répond d’un air un peu goguenard que les deux doivent être envisageables, avant de se dédire : ce sera officiellement une femme pour la vie.

Sur d’autres questions offrant plus d’aspérité aux choses sérieuses, le discours de notre homme est très construit. Julien récuse totalement le clivage gauche droite, prétend ne pouvoir définir ces notions qu’en tant qu’historien, et encore il ne sait même plus.Aujourd’hui selon lui, ça n’a plus aucun sens. La bourgeoisie soixante-huitarde reconvertie dans la pub a des idées de gauche, alors que les valeurs de droite que sont la tradition et l’honneur se retrouvent chez des ouvriers très conscients de leur classe sociale. Pour lui, le clivage essentiel est aujourd’hui entre les mondialistes et les patriotes. Il trouve injuste la perte de liberté et de souveraineté du peuple français, des peuples européens et des peuples dans le monde, victimes d’une petite élite intéressée qui prend en main le destin de millions de personnes, impose la paupérisation de leur pouvoir d’achat, et surtout un décervellement total qui est selon lui voulu. Toujours selon  lui, Marine Le Pen, sa candidate, saurait résoudre cette injustice en régulant le capitalisme mondial et en stoppant l’immigration au sein de la France, France qui  ensuite, par un effet « boule-de-neige », donnerait l’exemple à tous les autres pays. Surfant sur les fondamentaux d’un discours qu’on peut honnêtement qualifier d’identitaire, Julien a soin de donner toujours à ses propos une dimension universelle, prévoyant à chaque fois les bienfaits de la politique de Madame Le Pen dans un ordre précis : pour la France, pour l’Europe, puis pour les pays du monde entier, un peu comme si cette dernière mansuétude était une cerise sur le gâteau, un lapin blanc qui sort du chapeau à la fin du spectacle. C’est peut-être cette hiérarchie du sens de la marche du monde et des peuples, (qu’en son temps monsieur Le Pen père aimait à évoquer en cette parabole de son cru : J’aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que des inconnus et les inconnus que mes ennemis), qui le distingue des idées communes, quand la droite et la gauche déplorent de concert le fait qu’en effet, les temps sont durs, qu’en effet le pouvoir se trouve désormais et malheureusement moins entre les mains des hommes politiques que des grands industriels et qu’en effet, le capitalisme mondial possède un aspect décervelant tout à fait évident.

 Si Julien, plutôt volubile, se revendique comme étant un « jeune de son temps »il reste subitement muet lorsqu’on lui demande de définir ce qu’il apprécie dans son époque. Après une pause de réflexion silencieuse, il évoquera finalement les voyages. Son rêve serait, s’il était riche, de s’acheter des maisons aux quatre coins du monde pour « émigrer » régulièrement, en quelque sorte. Mais très vite il déplore que ces paysages dont il rêve aient perdu le goût des récits de voyage d’autrefois, et qu’un Chateaubriand explorant l’Amérique ne trouve de nos jours au bout de l’aventure qu’un Quick et un Mac Do. Il est bien plus enthousiaste sur les époques auxquelles il aurait aimé vivre : la Révolution Française, et surtout le premier Empire. S’il devait remplacer la Marseillaise par un autre chant, il choisirait « Veillons au salut de l’empire », un chant de 1791 dont j’imagine que les vers – Du salut de notre patrie – Dépend celui de l’univers – Si jamais elle est asservie – Tous les peuples sont dans les fers – ont dû le faire particulièrement vibrer ; c’est soncôté amoureux de l’Empereur, précise-t-il. Chérissant le dix-neuvième siècle, il évoquera aussi l’avant-guerre et les années 60, (il admire De Gaulle, un homme qui avait une haute idée de la France). De quels bouleversements, de quels élans, de quels drames humains peut-il bien manquer pour que le vingt-et-unième siècle n’ait pas l’heur d’émouvoir ce jeune historien et philosophe qui cherche l’homme providentiel, l’odeur de la poudre et le drapeau qui claque au vent ? La France glorieuse de Julien a-t-elle seulement existé en dehors des bas-reliefs et des pignochages des fresques officielles, elles-mêmes empreintes de la Grèce antique ? Ce sont-là des questions qu’on peut se poser. Ceux qui ont lu Les Dieux ont soif d’Anatole France me comprendront. Julien parle volontiers d’un destin français, d’un sentiment commun plus haut que les individus, et qui les dépasse. Aurait-t-il soufflé à sa muse le slogan « La révolution bleu Marine », ou au contraire a-t-il été séduit par cette nouvelle mouture de « La Liberté guidant le Peuple », c’est une question qui me traverse également l’esprit. En attendant, je lance un message : réalisateurs, cinéastes qui rêvez d’adapter à l’écran « Le rouge et le noir », j’ai trouvé votre Julien. À l’instar du héros éponyme de Stendhal qui quitta la morne scierie de son père pour échapper à sa condition, fervent Bonapartiste, c’est par les femmes qu’il va se hisser jusqu’en haut de la société. Introduit dans le monde par une Madame de Rênal dont il mettra de nombreuses pages à saisir la main, il montera à l’assaut de la capitale où il sera anobli par un vieux marquis De la Mole après avoir séduit sa fille ; elle deviendra son bras armé en mettant à sa disposition un joli carnet d’adresse, (sans pour autant lui éviter la peine capitale…) C’était Julien, esquisse d’un « enfant du siècle » parvenu jusqu’en avril 2012, néo-dandy romantique et idéaliste qui aurait miraculeusement traversé le temps en préférant toujours un peu David à Delacroix, Adrien-Simon Boy à Beaudelaire, Nietzsche à Jean Jacques Rousseau, Léon Daudet à Emile Zola, Céline à Proust, Drieu à Camus, Rebatet à Gide, Astérix à Lucky Luke, et la préférence nationale au Grand Soir et aux lendemains qui chantent.

Carnets de déroute de la droite

Nous avons un avantage sur les militaires, nous les politiques. Et pas des moindres. Pendant que dure l’hallali, nous, nous pouvons tenir journal, alors qu’un soldat doit prendre ses jambes à son coup. Peut-être, cependant, serait-il plus sage de s’esbigner franchement à l’instar de tous bons soldats en déroute. Peut-être bien. Mais nous sommes saufs de corps : il n’y a que notre moral qui branle. Alors, écrivons. Des carnets de déroute, sans doute bien plus significatifs que tous les carnets de campagne qui pointent lors des séquences électorales.

Une déroute de qui, au juste ? De nous. Qui ça, nous ? C’est bien là le problème. Comme en une eucharistie, nous nous sentons, nous nous savons, nous nous touchons, mais nous ne nous voyons pas. D’instinct, nous disons « nous », alors que nous n’avons même pas de nom. Les patriotes peut-être ? Les souverainistes ? Les identitaires ? Les conservateurs ? Nous, la droite ? Quel est donc ce camp sans enseigne ? Nous ne sommes que des fantômes sans nom attachés aux mânes – et qu’un fantôme aime les mânes, voilà, après tout, qui est bien naturel.

Être attachés aux mânes procure déjà une surface, comparés à tous ceux qui n’en ont plus rien à foutre des ancêtres. Mais de cette surface, nous n’en faisons rien, nous la laissons évanescente comme un Esprit sain qui chercherait en vain à s’incarner. Nous communions ! Ah certes, nous communions. Dans nos dégoûts en commun. Nous n’aimons pas l’immigration, qui change trop violemment le visage et le cœur de notre vieille et chère patrie. Nous n’aimons pas qu’on nous donne des ordres, à nous, vieux mousquetaires Français, surtout s’ils viennent de Berlin (Berlin qui, au passage, passe toujours par la Belgique – aujourd’hui : Bruxelles – avant de gouverner Paris), de Washington ou de Londres. Nous n’aimons pas tellement la nouvelle morale humano-progressiste qui a remplacé notre vieux fond chrétien et viril, celle qui dégouline d’odes à la modernité, à l’égalitarisme, au sans-frontiérisme, aux nouvelletés, à l’individualisme, au « sociétal ». Nous n’aimons pas des masses l’Etat-Zombie, celui qui dévore désormais ses enfants, mettant que trop sa main dans nos poches pour financer on-se-sait quelle nouvelle gabegie, et nous aimons encore moins cet Etat quand il ne fait rien pour nos pauvres gens des périphéries et des campagnes. Nous vomissons en cœur une école qui ne transmet plus rien, une nature qui s’enlaidit et notre ancienne gloire qui s’affadit devant nous à mesure que le temps passe. Nous vomissons bien, pour sûr. Puis nous restons l’estomac vide. Déboussolés et turbides, il ne nous reste plus qu’à avaler notre vomis pour le vomir à nouveau : après Hollande, voilà Macron, en attendant sûrement le prochain.

Nous ne sommes plus rien de sérieux et nos quelques incarnations n’ont de nous que notre caricature. La droite d’Orléans d’un côté, composées de petits bourgeois médiocres, ceux qui, en définitive, n’eurent pas assez de facultés pour gagner mieux dans le privé et qui s’en retournèrent dans la politique. Ceux qui n’ont rien en tête sinon une calculatrice, comme dirait Buisson. « Pas touche au grisbi, salope ! » dit-elle à Macron en songeant à la CSG et aux « dépenses publiques ». Mais voilà donc sa seule réplique dans le film : quand elle veut dire autre chose, elle s’aperçoit que le déficit de sa culture est disputé par celui de son imagination. Elle n’a plus ni l’une ni l’autre. Alors, elle pose son cul dans quelques manoirs de la Sarthe ou quelques beaux appartements du 7eme parisien. Elle n’a rien à dire, mais le dîner sera toujours prêt pour elle, même si, pour l’heure, il s’agit d’une soupe. De l’autre côté, il y a les populistes. « Nous sommes le peuple ! » hurlent-ils en se prenant pour Lénine, ayant oublié que nous ne sommes plus à « l’ère des masses » qu’étudiait Gustave Le Bon, ni même que ses électeurs ne sont pas communistes. Le FN n’a pas de pif. Il sent mal, sauf la merde, et il ne parle donc que d’elle. Ceux qui y vivent votent dès lors pour lui, mais, fort heureusement, si la merdre croît, pour paraphraser un moustachu, elle n’a pas encore gagné de toutes parts. Durant cette campagne, le FN aura réussi l’exploit de conjuguer le pire de l’intellectualisme (« l’union des souverainistes de gauche et de droite », comme des intellectuels de salons avaient théorisé jadis l’union des communistes et des nationalistes), le pire du populisme (nous sommes le peuple ! A bas les élites ! Et vas-y que j’parle comme une poissonnière, bah dis donc !) et le pire du progressisme (kikou les petits cœurs de l’équipe Philippot, si mignoooonns). Exploit notable, qui nous rappelle cette dure vérité que les tenants de la décadence sont souvent moins décadents, à titre personnel, que ceux qui sont censés s’opposer, justement, à cette décadence.

Carnets de déroute, donc. Ils auront certainement quelques lecteurs. Espérons toutefois que je les arrête rapidement, car, Bon Dieu, malgré toutes ses turpitudes, je crois encore en ce foutu pays. Il y aurait tant à faire…

Ah…

Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

On verra demain !