Réflexion sur la disparition de la droite

L’élection présidentielle française de 2017 n’aura pas connu de candidats de droite. Aucun. Entre les petits candidats et les deux gros représentants de l’aile droite de l’électorat – respectivement Les Républicains et Front National – il n’y eut personne pour incarner et revendiquer une filiation intellectuelle à proprement parler de droite. Dans les élections précédentes, Nicolas Sarkozy, bien aidé par des stratèges cultivés comme Patrick Buisson, parvint à faire illusion. Il fit campagne à droite et gouverna ensuite comme les autres. Mais dans celle de 2017, nous eûmes un représentant classique de l’orléanisme qui n’hésita pas à se revendiquer régulièrement, lui aussi, du progressisme, et une candidate populiste qui passa le plus clair de son temps à chasser sur les terres de gauche par le biais d’un souverainisme intégral qui, lui aussi, osa se revendiquer du progressisme. Ces deux représentants abâtardis de la droite perdirent lamentablement cette élection, laissant les clefs du vieux pays de France au successeur de François Hollande le socialiste, parfait représentant assumé du progressisme libéral de gauche. Aujourd’hui, la droite est en morceaux. Elle le serait à moins. Dès lors, tous les refrains scandés sont des variations d’un même thème : celui de la refondation. Comment refonder la droite ? Sur quelles idées ? Sous quelle forme ?

Déjà s’opposent les tendances. Dans la droite républicaine d’abord, beaucoup, subjugués par Emmanuel Macron, souhaiteraient entrer encore plus avant dans la « modernité », entendu au sens que lui donnent les représentants du camp d’en face. Dans la droite populiste, ou « extrême-droite », comme on l’appelle toujours, beaucoup aimeraient se muer encore plus davantage en un grand mouvement « ni droite-ni gauche », exclusivement représentant des classes populaire contre un « bloc bourgeois » composé « d’élites mondialisés » ou « égoïstes». En somme, la tendance des deux grands partis en exercice n’est en aucun cas un retour aux fondamentaux de droite, tant dans le fond que dans le style.

Pourquoi cette défiance des représentants politiques pour la droite ? Pourquoi celle-ci, dont la chance est de reposer pourtant sur un corpus doctrinal solide, des centaines d’auteurs prestigieux et une philosophie pertinente pour l’époque, ne parvient t’elle pas à s’incarner, à se représenter dans un mouvement politique ? Pour comprendre ce curieux phénomène, il est de surcroit impossible d’invoquer « l’esprit du temps », car celui-ci prête partout son flanc à la droite, ou du moins à ce qu’elle représente. Insécurité, terrorisme, crise identitaire, perte du sens, déchirement du lien social, désastre scolaire, enlaidissement du monde, recul de l’autorité, économies en berne, retour de la realpolitik à l’international : autant de gros titres quotidiens dans nos journaux qui appelleraient naturellement la réponse d’une droite solide et assumée. N’ayant plus gouverné depuis, au moins, le Général De Gaulle, elle n’est pour rien dans les désordres du monde actuel : dès lors, ses messages, sa praxis et ses idées seraient considérablement légitimes. Or, il n’en est rien.

La faute à quoi, alors ? Plusieurs explications s’offrent à nous.

D’abord, l’inculture de nos hommes politiques. Ceux-ci n’ont plus l’épaisseur intellectuelle d’autrefois. A cause du système scolaire, de l’air du temps et d’une certaine paresse, la maîtrise des humanités n’est plus la condition préalable à tout engagement politique. La communication seule sélectionne le bon grain de l’Ivraie électorale. Quant au pouvoir, le vrai pouvoir, il a quitté peu à peu les assemblées et les palais élyséens pour se nicher plutôt dans les sphères de la haute finance. Dès lors, les hommes de qualité prirent souvent, hélas, le même chemin que le pouvoir fuyant. Sortis des grandes écoles, ils privilégièrent plus tendanciellement les carrières dans le privé pour ne laisser la toge qu’aux seconds couteaux.

Cette médiocrité intellectuelle et culturelle est flagrante pour qui a déambulé dans les arcanes politiques. Les hommes de droite qui se proclament et se revendiquent « de droite » sur les plateaux télé seraient bien embêtés s’ils devaient justifier, philosophiquement, leur étiquette. A leur décharge, si le déficit culturel frappe l’ensemble de la classe politique, voire l’ensemble de « la nouvelle élite » parisienne et mondiale, il frappa préalablement tout ce qui tenait lieu de « culture de droite ». Cette dernière, dans la grande liquidation culturelle française, fut sacrifiée en premier. Sacrifiée, car inutilisable.

Par ce qualificatif : « inutilisable », nous en venons à la deuxième raison de l’incroyable fébrilité des hommes politiques Français voulant rester fidèles au corpus idéologique de droite : c’est que celui-ci a été marqué du sceau du péché. On prête à Staline ce conseil à la gauche : « Accusez toujours vos adversaires de fascistes. Le temps qu’ils se justifient, vous pourrez porter de nouvelles attaques. ». Il fut mille fois suivi, et Léo Strauss, dès 1951, théorisa cette tactique malveillante avec l’invention du « Reductio Ad Hitlerum », manière de stériliser tout débat par la diabolisation de l’adversaire de droite. Par cette manière de faire et d’échanger, la gauche triompha complétement, imposant ses valeurs, ses codes, ses symboles, sa rhétorique, ses idéaux et ses chimères au débat public. La droite, elle, fut (et reste) terrorisée. Jean-Philippe Vincent, dans son livre « Qu’est ce que le conservatisme ? », ironise à ce propos : « Un homme public français qui, interrogé sur ses goûts littéraires, avouerait, par exemple, qu’il trouve le style de Sartre aussi bon que celui de Paul Bourget, que Simone de Beauvoir écrit comme le Guide Michelin et que Camus n’a pas tout à fait l’aisance de son maître Barrès commettrait un suicide médiatique. ». Multipliant les amalgames, les injonctions et les oukases, accusant toujours la droite, dès qu’elle s’essayait à quelques fidélités ou à quelques idées, d’être raciste, nationaliste, pourquoi pas antisémite, et de « faire le jeu du Front National » – donc de l’extrême-droite, donc d’Hitler – elle parvient à imposer l’idée médiatique selon laquelle « tout ce qui n’est pas de gauche est d’extrême-droite », mettant ainsi fin à tout débat politique sérieux en France. En guise de droite, seule la version orléaniste de celle-ci fut tolérée par la gauche, c’est à dire une version droitière appauvrie qui n’est, historiquement, qu’une ancienne gauche. En résumé, tant que la droite parlait d’argent et exclusivement d’argent, celle-ci pouvait être acceptée dans le débat public. Mais si celle-ci devait parler de ses valeurs, user de ses références intellectuelles, être en accord avec son style – alors, gare à elle. La voilà qui tombait immanquablement dans le camp des maudits et des pestiférés. Ce stratagème de gauche fonctionne toujours aujourd’hui, et il n’a que faire de son incohérence, de son manque de rigueur et de son absence de probité. Qu’importe pour lui de défigurer l’Histoire, oubliant volontiers que la droite qui lu Barrès et Maurras résista autant à l’envahisseur nazi (ils étaient nombreux à Londres avec le Général) que les radicaux-socialistes qui eux, en revanche, votèrent pour beaucoup les plein pouvoir au maréchal Pétain. Quel homme de droite oserait avouer avoir lu Barrès et Maurras hormis un fou suicidaire ? Moi-même, je ne m’y risquerai pas. En revanche, il est toujours de bon ton de parler de Sartre, lequel défendit toute sa vie l’URSS stalinienne, ou de lire Libération, lequel chanta les louanges des khmers rouges. Il y a des millions de victimes moins graves qu’une page acrimonieuse d’un écrivain de droite. Cela n’a aucun sens, mais c’est ainsi. Quoiqu’il en soit, il est désormais inutile de multiplier les exemples démontrant l’inanité de la reductio Ad Hitlerum de la droite dans son ensemble, car quelques signes d’espoirs – notamment dans la jeunesse – tendent à montrer que ce procédé vicieux a perdu de sa puissance. Peut-être est-il enfin le moment pour la droite de pouvoir s’assumer sans risquer d’être directement marquée du sceau du diable. Gageons que le débat intellectuel français n’en sera que vivifié.

Troisième et dernière raison de la peur de la droite d’être elle-même : sa mauvaise image dans l’opinion. Reconnaissons que celle-ci ne date pas d’hier : sous la IIIe République, un groupe de droite siégeait au Sénat sous l’appellation « gauche républicaine » par peur d’être assimilé à une dénomination problématique. La tradition bonapartiste elle-même, pourtant classée à droite par René Rémond dans son célèbre essai sur les droites françaises, a toujours répugné à se qualifier de la sorte. De Louis Napoléon Bonaparte jusqu’aux mouvement populistes actuels, en passant par le Général De Gaulle, ceux-ci préférèrent toujours se caractériser comme « patriotes », au dessus des clivages, ou « souverainistes », comme nous l’entendons aujourd’hui. Deux causes se dégagent de cette étrange pudeur. L’une appartient à la philosophie de la droite elle-même : celle-ci se conçoit comme « naturelle » quand la gauche est constructiviste. Elle doit incarner ce qui est, dans l’ensemble, et non un camp particulier. En conséquence, elle serait « la France », en l’état, prise au moment présent, avec son héritage et son essence propre, sans velléités particulières d’évolution ou de changements. La gauche seule avancerait et voudrait changer les choses. A défaut de vouloir incarner ce qui est, la gauche voulu toujours incarner ce qui sera. Ce point de vue eut des conséquences néfastes sur la vie politique de la droite, et ce depuis l’origine, car, dès lors, de l’incarnation fière et assumée de ce qui était, à l’accusation d’immobilisme permanent, il n’y eut qu’un pas. En refusant d’être un camp, une idéologie particulière, une « force qui va », pour n’être qu’une force qui conserve en embrassant la totalité présente à un moment T, la droite s’est elle-même coupée de la possibilité de se nommer elle-même. En restant fidèle à ses principes premiers, ceux, hélas, du refus de toutes marches en avant, elle a du même coup répugné à l’idée même d’un nominatif. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous discuterons à la fois de la nature profonde et de la possibilité de la droite, mais nous serions injustes si nous n’évoquions pas aussi les résultats de la puissance idéologique de la gauche sur l’incapacité de la droite à se poser comme telle. Un élément apparait clairement dans l’inconscient régulièrement honteux de la droite : elle a longtemps incarné l’égoïsme des possédants, la défense des intérêts particuliers et l’injustice intrinsèque des puissants, tandis que la gauche, reprenant à son compte tout le vieux fond de la morale chrétienne, était, elle, du côté des exclus, des faibles, de la justice et du bien commun. La droite, face à ces accusations, qui ont profondément pénétrées les consciences, n’a jamais su réellement se défendre. Qu’importe qu’elle fût peut-être la première à penser la condition sociale à travers les légitimistes qui, de Villeneuve-Bargemont dès 1834 à Le Play avec le catholicisme social, s’en prirent avec véhémence au capitalisme qui s’installait peu à peu. Qu’importe aussi les liens historiques que la droite entretint toujours avec « le petit peuple », notamment celui des campagnes ; qu’importe aussi les différentes avancées sociales que l’on doit au Général De Gaulle par exemple : la gauche a longtemps réussi à imposer la caricature d’une droite qui serait le minable et cynique parti des héritiers et des égoïstes. Actuellement, elle parle moins à son endroit d’égoïsme que de fermeture, au monde, au progrès, à l’avenir. Et là encore, la droite ne sait pas se défendre, coupée qu’elle est de ses références intellectuelles et manquant cruellement d’imagination. Et, disons-le clairement : de compétences.

Dans ce bourbier intellectuel et politique, au milieu d’échecs électoraux, de reniements, d’injustices, de lâchetés et d’incompétences, la droite cherche désormais à se reconstruire. La « refondation » de la droite française sera le thème majeur de la vie politique des prochaines années. Les plus optimistes d’entre nous espèrent que l’état déplorable dans laquelle elle se trouve est peut-être bien la promesse d’un renouveau important. Mais, pour ce faire, il est indispensable qu’elle retrouve non pas seulement un chef, des élus ou une quelconque combinazione politique qui lui permettrait de fanfaronner dans les assemblées, mais une véritable âme, un esprit – son esprit – pour ne pas dire une philosophie inspirée par ses plus grands penseurs, ses plus belles et ses plus profondes références. Sans cela, la « recomposition », la « refondation » dont on parle, ne restera que pure forme et ne s’exprimera qu’au travers de bisbilles politicardes inutiles.

Qu’un homme de gauche n’ait ni de mémoire ni de culture : cela peut aller à son teint. Mais qu’un homme de droite soit ainsi : voilà une aporie.

De la nécessité de changer l’approche du Politique

Bases théoriques de prochaines initiatives. 

La providence a voulu que je commence la politique très jeune. Dès mes 14 ans, je commençai à m’y intéresser assidument, mais des recherches me firent dire qu’il ne fallait pas que j’entre en politique avant mes 30 ans. Pourtant, je ne suivis pas mes propres directives et, entre le militantisme à la faculté et le porte-parolat du FN durant la campagne présidentielle de 2012, je mis sérieusement mes mains dans le cambouis. A 26 ans, j’arrêtai net, afin de jeter un regard rétrospectif sur mes années d’engagement. Quelque chose ne me convenait pas. Un sentiment profond m’indiquait que la politique actuelle comportait trop de superficialité pour avoir, réellement, une incidence sur le présent et le futur. Depuis lors, je réfléchis à cette question, ayant à cœur de trouver une approche différente de la nécessité politique, car en tout, évidemment, la politique reste absolument nécessaire.

Pourquoi la politique est-elle vaine actuellement ? Parce que ses acteurs la « jouent » plus qu’ils n’en font, dans la mesure où leur approche reste bloquée selon les schémas du XIXe et du XXe siècle. Je ne prendrai qu’un exemple : celui de l’idéologie politique. Au siècle dernier, quiconque développait une idéologie particulière, pour peu qu’elle soit un tantinet pertinente, trouvait immédiatement un auditoire. N’importe quelle association ou parti politique, lorsqu’ils avaient à faire des réunions, rassemblaient des centaines d’individus prêts à s’engager, et en particulier des jeunes (lesquels sont le fer de lance des grandes actions). Aujourd’hui, il est rare de rassembler plus de quelques dizaines de jeunes dans une réunion politique type « meetings ». Cela n’intéresse plus outre mesure. Les enjeux sont ailleurs. Pire : les personnes que les manifestations politiques rassemblent écoutent souvent d’une oreille distraite, centrées, en vérité, sur leurs propres problèmes et venues uniquement épancher quelques névroses. C’est la raison pour laquelle il est fréquent de constater que les individus les plus heureux et successful ne se trouvent généralement pas dans les partis politiques, laissant souvent ceux-ci aux frustrés et aux défaillants humainement. Cette « faiblesse » du matériel humain des mouvements politiques explique parfois la nullité de la politique actuelle, celle que les citoyens déplorent fréquemment.

Si la politique n’est plus le but ultime des individus les plus qualifiés, les plus énergiques et les plus brillants, et si les idéologies, les meetings et les manifestations ne rassemblent que si peu de monde (et surtout si peu de jeunes), c’est qu’il y a une raison de l’ordre de la nouvelle configuration sociale et psychologique de ce siècle.

Face à ce constat, que disent ceux qui s’engagent encore lorsqu’ils désespèrent ou s’énervent ? Généralement, voilà leur râle : « les gens d’aujourd’hui ne pensent plus qu’à eux, ils n’en ont plus rien à faire de la France ». Cette phrase, je l’ai entendu des centaines de fois et je l’ai moi-même prononcé à de nombreuses reprises. Or, aussi vraie peut-elle être, elle ne suffit pas si elle n’est approchée que dans version négative. Un constat négatif ne sert à rien s’il ne provoque pas l’émergence d’une nouvelle proposition pour le résoudre.

Pourtant, ce constat est riche en enseignements et ouvre la voie à de nouvelles approches de la chose politique.

Au travers de cette problématique, d’où vient l’incompréhension entre les acteurs politiques et les individus ?

D’abord, de la non compréhension des nouvelles conditions sociales et psychologiques dans lesquelles se démènent les gens aujourd’hui. La vérité essentielle est que nous sommes sortis de l’ère des masses pour entrer dans celle de l’individu. Or, la politique, sa rhétorique et ses « idéologies » persistent à se formuler comme s’il existait encore des masses en face d’elle. La politique parle de la France, du peuple, des superstructures, de ce qu’il faudrait faire pour le pays, l’Europe et le monde, quand les individus n’attendent qu’une réponse à leurs interrogations et leurs problèmes individuels. Dès lors, tous ces grands discours ressemblent à de la pluie qui tomberait sur du goudron au lieu d’une terre fertile : par nature, elle ne peut rien y faire pousser.

Conséquence, ou, plutôt, parallèle, les individus ne sont plus des citoyens. Toutes formes d’engagement nécessite une structuration mentale tournée vers et pour le collectif : respect des hiérarchies, assiduité, code de l’honneur, capacité au sacrifice, empathie, sociabilité communautaire, etc. Or, ce qui s’apprenait naturellement à la famille, à l’école, à l’Eglise et à l’armée n’existe plus aujourd’hui. Dès lors, tout discours à destination de citoyens à un moment, précisément, où ils n’existent plus guère, ne peut revêtir qu’un caractère superficiel. La politique devient un passe temps, un hobby dans lequel on peut s’engager quelques années comme on s’engagerait dans une association sportive ou dans de l’évènementiel pour y « rencontrer du monde ». Le sens profond de la politique est perdu. L’ère moderne inverse la proposition connue d’Aristote : l’homme n’est plus un animal politique, il est un politique animal, c’est à dire en somme, un être dont la politique est essentiellement tournée vers et pour lui même.

Que conclure de ce constat ? Que la politique doit muer. D’un discours traditionnel aux masses, elle doit devenir un espace de développement personnel. Elle doit concentrer son périmètre sur l’individu avant de pouvoir évoquer le collectif. Attention : il ne s’agit pas d’abandonner le principe collectif, mais il s’agit d’abord, pour elle, de récréer les conditions du collectif, et donc, par voie de fait, travailler en priorité sur l’individu.

Qu’est ce que cela signifie ?

  • MACRO – La rhétorique politique doit élaborer des discours articulant mieux principe de réussite individuelle et idées globales liées au collectif.
  • MICRO – La politique doit prioriser la formation individuelle. Mieux : elle doit investir dans le développement personnel, la formation exclusivement intellectuelle ne répondant pas aux enjeux posés par la problématique moderne de l’individualisme.

PS : Ce n’est pas la première fois que changements de paradigmes et d’échelles politiques s’opèrent. Déjà à la fin de l’Empire Romain jusqu’à la fin de la féodalité, la politique passa d’un lien collectif, général et étatique à une architecture de discours et d’actes à destination individuelle ou communautaire (la noblesse, les corps constitués). Le moment « néo-féodal » dans lequel nous entrons n’est qu’un écho lointain de cette période.

Marine, les philippotistes et moi

En ce moment, pas un jour ne passe sans que les philippotistes n’attaquent Marine Le Pen, son discours, ses méthodes et la voie nouvelle qu’elle semble vouloir emprunter pour son parti. Le divorce a été douloureux, et, comme dans beaucoup de divorces, il reste un peu de cet amour qu’on appelle généralement la haine. Les voilà faire, tous, leur petit chauprade : ils sont partis, mais reste l’obsession, peut-être même pire encore qu’avant, aiguisée par leur rapport « sentimental » à la politique. Ce comportement de jeunes puceaux lâchés soudainement par leur amour de vacances est assez comique. Un peu d’ironie supplémentaire nous ferait immanquablement penser à des petites racailles traitant subitement de « grosse pute » la jeune demoiselle qui les aurait éconduit.

Trêve de plaisanteries : par leur comportement, ils ont signé leur arrêt de mort politique. Ils ne seront, comme beaucoup, que des astres morts qui continuent de tourner autour de l’étoile Le Pen et sa galaxie frontiste. Des inutiles et des « rageux », comme ils aiment à dire. Rendons toutefois justice à leur maître, Philippot lui-même, qui, lui, essaie d’échapper à ce piège mortel. Sur les plateaux de télévision qu’il colonise toujours, il tente de parler d’autre chose que du FN. Mais le ver est dans le fruit, la sentence est déjà prononcée : désormais, il ne sera invité que pour parler de son ancienne maîtresse, son « patriotisme généreux » n’intéressant, il faut le dire, quasiment personne.

Je peux en parler maintenant. Moi-même, j’ai quitté Marine avec pas mal de rancœur à l’époque. Déçu qu’on ne m’écoutait pas plus, déçu des choix personnels de la patronne (tant stratégiques qu’en termes de ressources humaines), énervé par des comportements putassiers et médiocres, et sans doute encore très attaché sentimentalement à cette grande blonde dont toute la gestuelle et la psychologie transforment en une sorte de maman putative pour tous les adhérents au « club » FN. J’avais de quoi faire sérieusement ma diva. Or, si je m’expliquais tranquillement sur les raisons de mon départ via une vidéo sur le web, je prenais soin de refuser toutes les invitations médiatiques pour me déverser (je reçus des propositions du Grand Journal, BFM, etc.). L’astre mort et vindicatif, ce ne serait pas moi.

Et pourtant, j’ai de quoi rire aujourd’hui. Pendant des années, j’ai dit à Marine Le Pen qu’il ne fallait pas faire de la question de l’euro le problème fondamental dans une campagne électorale (je parle de forme, pas de fond). J’ai dit qu’il fallait à tous prix envoyer plus de signaux à l’électorat de droite. J’ai dit qu’il fallait parler d’Europe différemment. J’ai dit qu’il fallait travailler à une communication beaucoup plus positive, sortant des réflexes du « c’était mieux avant – il faut refaire comme à l’époque ». Troquer la posture populacière pour un grand sourire avenant. Et j’ai dit aussi que MLP ne pouvait pas s’entourer exclusivement que de profils philippotistes pour tout ce qui touchait à la stratégie et à la communication. Des notes, des emails à MLP et même un petit livre (sur l’Europe) en attestent. Aujourd’hui, je peux dire que j’avais mille fois raison.

Maintenant, Marine semble prendre cette voie que j’appelais de mes vœux, quand je n’étais qu’un petit jeune qui se démenait pour donner une voix au FNJ (ce que je fis avec succès, ce qui, d’ailleurs, énerva beaucoup de gens au FN…). Mais n’est-ce pas trop tard ? J’en ai le sentiment.

Que d’occasions gâchées, que de temps perdu. Tant pis. L’avenir s’écriera sans doute ailleurs, mais c’est un avenir que ne toucheront pas les philippotistes, puisqu’eux mêmes ont déjà choisi de rester accrochés au FN par leur haine amoureuse.

Tant pis pour eux, aussi.

 

En finir avec le complexe médiatique de la droite face à la gauche

Hier, la journaliste conservatrice Eugénie Bastié se fendait de quelques tweets expliquant qu’il lui était impossible de triompher dans un débat entre partisans et adversaires de la PMA, au prétexte que les « progressistes » se contentaient d’empiler les grands principes moraux (égalité, liberté, etc.) et les anathèmes en guise de rhétorique. Je me permettais de lui répondre que ce qui déterminait constamment leur victoire était simplement que la droite persistait de trembler face à ces mêmes anathèmes (toujours les mêmes : « réacs », « fachos », « extrémistes », « jeu du FN », « replié sur soi-même » etc.).

Pour préciser ma pensée, je parlerai de quelque chose que j’ai souvent remarquée dans ce genre de débats. La vérité est que les débateurs comme Bastié ou Polony (pour ne citer qu’elles, mais il y en a beaucoup d’autres) arrivent aux différents débats une main attachée dans le dos quand, en face, les gants de boxes sont déjà enfilés. Le débateur de droite (ou conservateur) veut se faire adopter par l’environnement hostile dans lequel il est plongé, et il pense pouvoir y parvenir en avançant des arguments rationnels, posés, et, croit-il, humanistes. Il aimerait par dessus tout que l’on reconnaisse son humanisme, que l’on écoute ses arguments, qu’on les soupèse, et qu’on le prenne ainsi pour un débateur tout à fait respectable. Les dissonances cognitives aidant, il estime même « que c’est là tout l’objet d’un débat : s’opposer des arguments entre personnes respectables », tout en espérant secrètement être encore invité la prochaine fois. Conséquence de cette approche tendre, honnête et naïve : les progressistes triomphent à chaque fois. Pourquoi ?

Parce qu’en face, ils ne vont pas à un « débat », ils vont à la guerre. Leur religion est déjà faite et il n’y a que des infâmes ou des hérétiques qui peuvent s’opposer à eux. L’adversaire n’est, de nature, qu’un monstre d’extrême-droite, ou flirtant avec l’extrême-droite, dont les idées sont intrinsèquement nauséabondes. Dès lors, ils peuvent avancer tels des chars d’assaut, ils peuvent caricaturer, « jeter leurs anathèmes » pour parler comme Bastié, jouant à leur faveur de la morale gaucho-humanitariste, ou libéral-progressiste, qui préside dans l’essentiel des salles de rédactions parisiennes.

Les « progressistes » peuvent se montrer zélés : ils ne seront jamais traités d’extrémistes pour cela. Mais la droite, elle, se doit de servir ses arguments dans un service en porcelaine, car si, elle, s’amusait à railler, à caricaturer, à jeter également des anathèmes et à affirmer avec force des grands principes sans se soucier du bon ton et de la convenance, alors elle deviendrait immanquablement « extrémiste » dans la minute.

Quel est donc le secret pour finir par gagner (car il faudrait peut-être y songer, un jour…) ? En avoir plus rien à faire de leurs anathèmes. Mettre aussi les gants de boxe et taper violemment, comme eux. Alors oui, au départ, il y aura une avalanche de points godwin et d’indignations larmoyantes. Mais, en y regardant bien, les accusations d’ « extrémistes » ou de « fachos » ne reposent tellement plus sur rien de rationnel et de réaliste que le public, lui, ne tombe plus dans le piège. Une insulte n’a de puissance que dans le crédit qu’on lui attribue. Le jour où tous les débateurs de droite n’auront plus peur des anathèmes et riront lorsqu’on leur les sert, la partie sera gagnée, et il y a fort à parier qu’ils finiront même par disparaître du paysage médiatique, ceux-ci ayant été démonétisés.

Des Eugénie Bastié, des Natacha Polony, et tant d’autres, sont brillantes et courageuses. Mais elles laissent toujours l’impression qu’elles s’excusent d’abord avant d’argumenter. A leur décharge (et j’en sais quelque chose, connaissant moi aussi comment le système médiatique fonctionne), adopter cette attitude est plus facile à théoriser qu’à pratiquer, car poser ses fesses sur un plateau de télévision est réellement intimidant. On ressent la lourdeur et le conformisme idéologique qui y règne. Toutefois, comme j’ai pu m’y essayer une fois ou deux, ou tel Eric Zemmour qui le fait régulièrement, avancer fièrement, ne s’excusant de rien, se moquer des adversaires et de leurs insultes, et assumer parfaitement qui nous sommes, vous procure des résultats sans commune mesure.

J’ajoute, pour finir, que quelles que soient les bonnes dispositions de ces journalistes et débateurs, ils seront toujours détestés par leurs contradicteurs. Une Eugénie Bastié pourra toujours essayer de donner des « gages » de son objectivité et de sa respectabilité, elle sera toujours à leurs yeux une petite conne réactionnaire confinant avec « l’extrême-droite ». Dans ces conditions, pourquoi ne pas, enfin, lâcher les vannes, et en finir définitivement avec ce complexe médiatique qui nous laisse toujours pantois et éternellement perdant ?

 

A propos de la polémique sur Saint-Martin

Surprise.

Depuis trois ou quatre jours, je suis enferré dans une petite polémique twito-médiatique que je n’avais pas vu venir à propos du drame de Saint-Martin.

J’ai besoin d’en écrire deux mots sur ce blog car les notifications twitter ne cessent pas et quelques journalistes bien avisés de la place de Paris (Le Monde, Libé, le Nouvel Obs etc.) se régalent et exagèrent à dessein une soi-disant fake-new que j’aurais commise.

Reprenons.

Je ne m’intéressais pas plus que cela à l’ouragan dévastateur qui approchait nos iles et le continent américain. Je savais que son passage allait être tragique mais, honnêtement (je suis en plein déménagement), je regardais cela de loin. Or, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, je recois plusieurs messages d’habitants de Saint-Martin ou de personnes y ayant des proches, me demandant avec insistance et désespoir manifeste de relayer leur malheur, lequel était à leurs yeux « minimisé » par les médias.

Je fis donc quatre tweets indiquant que les nouvelles de Saint-Martin étaient mauvaises, qu’il y avait d’odieux pillages, que les autorités manquaient, et que le nombre de victimes était important. Reprenant ce que l’on m’avait dit, je me risquais à dire « une centaine de morts ». Toutefois, je précisais bien dans mon dernier tweet que ma source était « des témoignages reçus » et non pas Dieu le père.

Plus tard, lundi, je « retweetais » une vidéo d’une femme en pleurs révélant qu’une gendarmerie avait été attaquée. Remettons les choses dans leur contexte : les vidéos de témoignages abondaient et il n’y avait aucune raison de douter de la sincérité des victimes de l’ouragan.

Je reçu alors une réponse à ce retweet par le compte officiel de la gendarmerie nationale, indiquant qu’aucune gendarmerie ne fut attaquée. Je répondis, sincèrement, que j’en étais fort aise.

Cette petite histoire de rien du tout fit le bonheur de quelques journalistes mainstreams qui s’empressèrent de faire de mon cas celui de la « fake new » incarné, d’une volonté démoniaque de désinformer, pleine de mauvaises intentions.

Bande de tarés.

Si je dois confesser une erreur, c’est d’avoir repris un nombre, une statistique, d’un des témoignages que je reçus. J’ai dit trop légèrement « une centaine de morts » quand je n’aurais du dire que « beaucoup de morts ». Mea culpa. C’est sur cette erreur que l’on m’attaque aujourd’hui, et je regrette de l’avoir commise. Mais sur le reste ? Sur les pillages ? Sur la violence ? Sur les manquements du gouvernement sur place ? J’avais raison et même les médias mainstreams ont été obligés d’en parler.

Ce qui m’énerve royalement dans cette histoire, ce sont tous ces abrutis de journalistes et ces gauchistes qui furent trop heureux de se jeter sur l’objet de leur fantasme, c’est à dire un odieux mec de droite soi-disant pris en flagrant délit de mensonges, alors que, pour le coup, je n’étais qu’un citoyen ayant partagé des messages de détresse que l’on m’avait fait parvenir, en précisant – je le rappelle – que je ne faisais que cela. Mais même en ayant expliqué ceci, je ne me lavais pas de ma culpabilité à leurs yeux, car celle-ci est intrinsèque, immanente, collée à mes basques « d’ancien du Front National » qui, s’il partage quelque chose sur les réseaux sociaux, ne le fait qu’armé d’intentions malveillantes, pour mentir et salir la merveilleuse société qui est la leur.

J’aime les polémiques. Mais celle là m’a profondément emmerdé. Ils ne me croiront jamais, mais j’étais de bonne foi quand j’ai fait ces tweets, et au final, je suis bien content qu’il n’y ait pas une centaine de mort mais seulement peut-être que deux dizaines. Mais à quoi bon le dire ? Ces tarés sont tellement vicieux qu’ils projettent sur les autres leurs vices. Non, moi je n’ai pas besoin de mentir pour mes combats. Et en l’occurrence, en plus, l’histoire de Saint-Martin ne faisait même pas particulièrement partie de mes combats.

Salut.

 

 

Mon nouveau blog

Bienvenue sur mon nouvel outil de travail !

J’y partagerai mes textes, mes vidéos, mes formations, des événements, et peut-être quelque fois mon journal.

Pas de blabla inutile, simplement : je ferai de mon mieux.

Julien Rochedy

Portrait sur Ozy.com, média américain

Most politicians’ Twitter accounts get hate mail. Julien Rochedy gets love letters. “He could be my husband in another life,” one women tweeted. “He’s just too hot!” And there was the male admirer who said his looks were a “weapon of mass destruction.”

Yes, he’s single, and his chiseled jaw, sexy stubble and perfectly tailored suits are quite attractive. But what’s truly jaw-dropping is what’s underneath: a right-wing heart harboring anti-immigrant views on par with the tea party. His other allies? A group of rising European conservatives, including France’s Marine Le Pen and the Netherlands’ Geert Wilders.

“We are witnessing a replacement of the French,” he tells OZY. “It’s very worrisome.”

The mention of right-wing politics in Europe often conjures images of angry skinheads, poor uneducated men and migrant-lynching mobs. Not Rochedy. The 26-year-old leads the youth branch of the Front National — France’s farthest-right party and third political force. Known for euro-skeptic and xenophobic views, it’s attracting a growing number of voters disenchanted with President François Hollande’s Socialists and ex-President Nicolas Sarkozy’s center-right party. Rochedy himself is anti-euro, and told OZY he believes protectionism is the model for economic success, citing the U.S. as an example.

Rochedy harbors a deep-seated longing to be taken seriously as an intellectual. Which is why he says he wants to quit his current job — as, essentially a young and pretty face — and pen a book, which he will describe only as “very polemical.”

“Voters are turning to [the FN] as an alternative to the traditional parties, and they are moderating their discourse to be more appealing. Julien is part of this new effort to give the party a makeover,” says Loïc Blondiaux, professor of political science at the Sorbonne University in Paris.

In Rochedy’s world, France suffers from three main maladies: an overly powerful European Union, a dangerous tide of immigration and the loss of “traditional values.” As for the EU, it’s making too many decisions for his country, and he resents the fact that France can’t control its monetary policy because of the euro. “France is undergoing a total loss of freedom,” he says. “It’s a big and beautiful country, but it’s no longer the master of itself.”

But unlike other right-wing politicians, Rochedy has an uncanny ability to discuss these issues without sounding hyperbolic or pissed off. Instead, he’s great at turning concepts on their head. “Today’s immigration is a new form of slavery. Bringing people here to do jobs that we don’t want to do or having children for us, it’s gross. I’m a humanist. So I much rather everyone stays in their own home.”

He often appears in debate shows where he leaves his rivals silently baffled with arguments like one he told OZY: “There are more doctors from Benin in France than there are in Benin. I, for one, think Benin needs them more than we do. Right?”

Still, he recently provoked a storm of criticism for saying he would favor a law to ban “homosexual propaganda.”

“The strategy of the Front National these days is to try and appear as a party like any other, but they are not,” says Laura Slimani, president of the Socialist Youth. “The times change, but they remain just as extremist and homophobic.” Rochedy, however, always has an answer: “I am not a homophobe. I think homosexuals have the right to practice their sexuality, but it’s something fatal for society because a nation needs to reproduce in order to ensure its continuity.”

His own beliefs began with Friedrich Nietzsche. He cites a “crisis in values,” a concept he encountered when he started reading Nietzsche at age 14; he went on to consume all the Nietzsche he could find. “Nietzsche talks about values that are symptoms of decadence and mediocrity versus values that emerge from grandness, willpower and strength,” says Rochedy. “He completely changed the way I saw things.”

He discovered the FN, founded by current leader Marie Le Pen’s father, Jean-Marie, as an 18-year-old student of political science in Lyon, in the south of France. “I liked Le Pen because he was a rebel and he was not afraid to shock people.”

At the time, 2006, few believed the right-wing movement could become a mainstream political force. Eight years later, the Front National got two members in the Senate for the first time and topped the polls in the European Parliament election, with 25 percent of the vote — an eightfold gain on the last one.

Rochedy thinks increasing youth engagement is key to his party’s success, and that’s precisely why he wants to step down as head of the youth branch. “I’m not really young anymore,” he says, “and I’ve been wanting to focus more in the intellectual side of things for a while. History is made by great men, not small politicians.” TV producers and female fans will miss his regular appearances on screen, and he admits he might miss it too. “It’s fun to crush your enemies. It’s good for the ego,” he says, while holding open the possibility of returning to politics later.

But it’s a long road toward becoming a thought leader. Especially when your epithet isn’t exactly one of intellectual heft — Rochedy is, for now, best known in the terms a gay news blog put it: “Young, beautiful and dangerous.”

Portrait sensible

Publié dans l’Antisondage.fr et Médiapart en 2012.

Croyez-nous ou pas, mais dans la rue, on a toutes les peines du monde à trouver des électeurs du Front National. Est-ce nos allures de bobos qui les rebutent ? Ou bien n’allons-nous pas aux bons endroits ? Où sont-ils donc, les douze pour cent ? Où diable se cache la droite nationale ? Car selon les conclusions, sûrement hâtives, de notre modeste expérience, c’est bien une indécrottable odeur de souffre qui plane encore sur le front. Autour de nous, on en connaît pas non plus, des frontistes. Question de milieu, probablement… Pour pouvoir respecter l’équilibre des tendances politiques, il ne nous reste plus qu’à ratisser le Web et ses réseaux sociaux, que Micky maîtrise à la perfection. De sa CYBER-pêche, il nous ramènera un gros poisson. Julien Rochedy est « célèbre » ; c’est une des figures de la campagne électorale de Marine Le Pen. Googlisable à souhait, on peut le voir sur Youtube dans des vidéos allant du débat sur LCI à la réunion interne des jeunes du FNJ, en présence de la responsable de la coordination avec le FN, si j’ai bien compris. Lors de cette intervention, Julien Rochedy, en tee-shirt noir et au commencement d’une jolie paire de biceps, expliquera notamment la stratégie du mouvement « Les jeunes avec Marine », conçu comme un outil pour aspirer les voix de tous les jeunes qui voudraient soutenir Marine sans pour autant être rebutés par le côté clivant de l’appellation FNJ. Juché sur un escalier, le jeune tribun est ici par la volonté du peuple et n’en sortira que par la force des baïonnettes. L’ambiance est chaleureuse, la harangue semble  convaincante.

Je lis déjà les commentaires sur notre page Facebook, sévères mais justes, qui vont s’insurger avec raison, bien sûr, du fait qu’on puisse « antisonder » encore et toujours un Parisien, et c’est très vrai que le Parisien n’est pas plus digne d’être Français que l’habitant de nos régions, mais qui plus est une vedette, alors que notre postulat de départ semblait promettre le portrait des humbles, des sans grade. À ceux-là, je dirai que sur les mêmes principes, la vedette parisienne n’en demeure pas moins digne d’être « antisondée ». Pour nous, Julien Rochedy sera donc simplement Julien.

Silence, on tourne. Entourant la place Victor Hugo, les immeubles Haussmanniens se détachent en une masse sombre et circulaire, mêlant aux tremblements des feux rouges et des phares de voiture les lumières de leurs appartements en reflets humides sur le trottoir. La nuit s’allume. Sous les guirlandes et les étoiles des neiges scintillantes aux frontons, dans les vitrines des pâtisseries artistement décorées d’architectures de chocolat et de mignardises, dans les salons de coiffure exhalant l’air  chaud et parfumé des cheveux des dames, Noël fourbit ses armes. Nous avons rendez-vous à la terrasse de la brasserie « Les Débats », où, légèrement en avance, nous commanderons au garçon une noisette et un café. Julien arrive et nous rejoint, casque intégral à la main. Pour lui, ce sera un thé citron.

 Souvent présenté sur les blogs comme un animal médiatique, le jeune homme possède en effet une belle plastique, mais surtout un visage volontaire et le regard franc. D’une sobre élégance, il porte sous son parka un pull mohair assorti au brun châtaigne d’une barbe de trois jours, une imposante montre carrée et un bracelet tressé – je lirai sur le net qu’il s’agit d’un bracelet Serbe – (je me disais aussi que l’objet était un peu « baba cool » sur les bords pour qu’il l’ait choisi spontanément), ainsi qu’une chemise blanche à carreaux fins, seule touche bleu marine qui dépasse du col rond. Parfaitement courtois, il nous confiera cependant qu’il était encore en 2007 un agitateur (je lis par ailleurs qu’il portait le crâne rasé et une boucle d’oreille), qui prêchait la bonne parole dans les files d’attente des bureaux de vote de Tain L’Hermitage dans la Drôme, uniquement au premier tour s’entend. Fraîchement émoulu de sa province natale, il nous confiera également être tombé des nues à ses débuts en politique après la parution de l’article « Julien Rochedy, le jeune frontiste qui présente bien » dans Rue 89, article plus qu’à charge dont une des premières phrases n’est rien moins que Julien Rochedy est gratiné. Pas de doutes, voilà un mec d’extrême droite. S’attendait-il à un portrait objectif de la part de  médias qu’il considère comme des ennemis politiques, à des citations entières de ses propos, respectant le contexte, insistant sur les nuances ? Ou a-t-il même seulement caressé l’idée d’avoir ouvert un chemin de Damas à cette journaliste de gauche, habitué qu’il semble à séduire la brune et la blonde ? Ah ! Jeunesse, folle jeunesse…

À volume raisonnable, en une syntaxe irréprochable, articulant soigneusement et prononçant toutes les lettres des mots sans avoir recours à des contractions, les propos de Julien ne sont d’abord guère différents dans leur contenu de ceux de beaucoup d’autres jeunes de son âge. Ainsi il aime les sorties, les cinémas, les voyages, thème qu’il abordera souvent, caresse l’idée d’arrêter de fumer en janvier, (la politique, nous dit-il, c’est beaucoup de cigarettes et d’alcool tous les soirs) et pense qu’il aurait du mal à assumer le poil aux jambes chez une femme. À la question : « Une femme pour la vie ou une fille pour chaque nuit », il nous répond d’un air un peu goguenard que les deux doivent être envisageables, avant de se dédire : ce sera officiellement une femme pour la vie.

Sur d’autres questions offrant plus d’aspérité aux choses sérieuses, le discours de notre homme est très construit. Julien récuse totalement le clivage gauche droite, prétend ne pouvoir définir ces notions qu’en tant qu’historien, et encore il ne sait même plus.Aujourd’hui selon lui, ça n’a plus aucun sens. La bourgeoisie soixante-huitarde reconvertie dans la pub a des idées de gauche, alors que les valeurs de droite que sont la tradition et l’honneur se retrouvent chez des ouvriers très conscients de leur classe sociale. Pour lui, le clivage essentiel est aujourd’hui entre les mondialistes et les patriotes. Il trouve injuste la perte de liberté et de souveraineté du peuple français, des peuples européens et des peuples dans le monde, victimes d’une petite élite intéressée qui prend en main le destin de millions de personnes, impose la paupérisation de leur pouvoir d’achat, et surtout un décervellement total qui est selon lui voulu. Toujours selon  lui, Marine Le Pen, sa candidate, saurait résoudre cette injustice en régulant le capitalisme mondial et en stoppant l’immigration au sein de la France, France qui  ensuite, par un effet « boule-de-neige », donnerait l’exemple à tous les autres pays. Surfant sur les fondamentaux d’un discours qu’on peut honnêtement qualifier d’identitaire, Julien a soin de donner toujours à ses propos une dimension universelle, prévoyant à chaque fois les bienfaits de la politique de Madame Le Pen dans un ordre précis : pour la France, pour l’Europe, puis pour les pays du monde entier, un peu comme si cette dernière mansuétude était une cerise sur le gâteau, un lapin blanc qui sort du chapeau à la fin du spectacle. C’est peut-être cette hiérarchie du sens de la marche du monde et des peuples, (qu’en son temps monsieur Le Pen père aimait à évoquer en cette parabole de son cru : J’aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que des inconnus et les inconnus que mes ennemis), qui le distingue des idées communes, quand la droite et la gauche déplorent de concert le fait qu’en effet, les temps sont durs, qu’en effet le pouvoir se trouve désormais et malheureusement moins entre les mains des hommes politiques que des grands industriels et qu’en effet, le capitalisme mondial possède un aspect décervelant tout à fait évident.

 Si Julien, plutôt volubile, se revendique comme étant un « jeune de son temps »il reste subitement muet lorsqu’on lui demande de définir ce qu’il apprécie dans son époque. Après une pause de réflexion silencieuse, il évoquera finalement les voyages. Son rêve serait, s’il était riche, de s’acheter des maisons aux quatre coins du monde pour « émigrer » régulièrement, en quelque sorte. Mais très vite il déplore que ces paysages dont il rêve aient perdu le goût des récits de voyage d’autrefois, et qu’un Chateaubriand explorant l’Amérique ne trouve de nos jours au bout de l’aventure qu’un Quick et un Mac Do. Il est bien plus enthousiaste sur les époques auxquelles il aurait aimé vivre : la Révolution Française, et surtout le premier Empire. S’il devait remplacer la Marseillaise par un autre chant, il choisirait « Veillons au salut de l’empire », un chant de 1791 dont j’imagine que les vers – Du salut de notre patrie – Dépend celui de l’univers – Si jamais elle est asservie – Tous les peuples sont dans les fers – ont dû le faire particulièrement vibrer ; c’est soncôté amoureux de l’Empereur, précise-t-il. Chérissant le dix-neuvième siècle, il évoquera aussi l’avant-guerre et les années 60, (il admire De Gaulle, un homme qui avait une haute idée de la France). De quels bouleversements, de quels élans, de quels drames humains peut-il bien manquer pour que le vingt-et-unième siècle n’ait pas l’heur d’émouvoir ce jeune historien et philosophe qui cherche l’homme providentiel, l’odeur de la poudre et le drapeau qui claque au vent ? La France glorieuse de Julien a-t-elle seulement existé en dehors des bas-reliefs et des pignochages des fresques officielles, elles-mêmes empreintes de la Grèce antique ? Ce sont-là des questions qu’on peut se poser. Ceux qui ont lu Les Dieux ont soif d’Anatole France me comprendront. Julien parle volontiers d’un destin français, d’un sentiment commun plus haut que les individus, et qui les dépasse. Aurait-t-il soufflé à sa muse le slogan « La révolution bleu Marine », ou au contraire a-t-il été séduit par cette nouvelle mouture de « La Liberté guidant le Peuple », c’est une question qui me traverse également l’esprit. En attendant, je lance un message : réalisateurs, cinéastes qui rêvez d’adapter à l’écran « Le rouge et le noir », j’ai trouvé votre Julien. À l’instar du héros éponyme de Stendhal qui quitta la morne scierie de son père pour échapper à sa condition, fervent Bonapartiste, c’est par les femmes qu’il va se hisser jusqu’en haut de la société. Introduit dans le monde par une Madame de Rênal dont il mettra de nombreuses pages à saisir la main, il montera à l’assaut de la capitale où il sera anobli par un vieux marquis De la Mole après avoir séduit sa fille ; elle deviendra son bras armé en mettant à sa disposition un joli carnet d’adresse, (sans pour autant lui éviter la peine capitale…) C’était Julien, esquisse d’un « enfant du siècle » parvenu jusqu’en avril 2012, néo-dandy romantique et idéaliste qui aurait miraculeusement traversé le temps en préférant toujours un peu David à Delacroix, Adrien-Simon Boy à Beaudelaire, Nietzsche à Jean Jacques Rousseau, Léon Daudet à Emile Zola, Céline à Proust, Drieu à Camus, Rebatet à Gide, Astérix à Lucky Luke, et la préférence nationale au Grand Soir et aux lendemains qui chantent.

Carnets de déroute de la droite

Nous avons un avantage sur les militaires, nous les politiques. Et pas des moindres. Pendant que dure l’hallali, nous, nous pouvons tenir journal, alors qu’un soldat doit prendre ses jambes à son coup. Peut-être, cependant, serait-il plus sage de s’esbigner franchement à l’instar de tous bons soldats en déroute. Peut-être bien. Mais nous sommes saufs de corps : il n’y a que notre moral qui branle. Alors, écrivons. Des carnets de déroute, sans doute bien plus significatifs que tous les carnets de campagne qui pointent lors des séquences électorales.

Une déroute de qui, au juste ? De nous. Qui ça, nous ? C’est bien là le problème. Comme en une eucharistie, nous nous sentons, nous nous savons, nous nous touchons, mais nous ne nous voyons pas. D’instinct, nous disons « nous », alors que nous n’avons même pas de nom. Les patriotes peut-être ? Les souverainistes ? Les identitaires ? Les conservateurs ? Nous, la droite ? Quel est donc ce camp sans enseigne ? Nous ne sommes que des fantômes sans nom attachés aux mânes – et qu’un fantôme aime les mânes, voilà, après tout, qui est bien naturel.

Être attachés aux mânes procure déjà une surface, comparés à tous ceux qui n’en ont plus rien à foutre des ancêtres. Mais de cette surface, nous n’en faisons rien, nous la laissons évanescente comme un Esprit sain qui chercherait en vain à s’incarner. Nous communions ! Ah certes, nous communions. Dans nos dégoûts en commun. Nous n’aimons pas l’immigration, qui change trop violemment le visage et le cœur de notre vieille et chère patrie. Nous n’aimons pas qu’on nous donne des ordres, à nous, vieux mousquetaires Français, surtout s’ils viennent de Berlin (Berlin qui, au passage, passe toujours par la Belgique – aujourd’hui : Bruxelles – avant de gouverner Paris), de Washington ou de Londres. Nous n’aimons pas tellement la nouvelle morale humano-progressiste qui a remplacé notre vieux fond chrétien et viril, celle qui dégouline d’odes à la modernité, à l’égalitarisme, au sans-frontiérisme, aux nouvelletés, à l’individualisme, au « sociétal ». Nous n’aimons pas des masses l’Etat-Zombie, celui qui dévore désormais ses enfants, mettant que trop sa main dans nos poches pour financer on-se-sait quelle nouvelle gabegie, et nous aimons encore moins cet Etat quand il ne fait rien pour nos pauvres gens des périphéries et des campagnes. Nous vomissons en cœur une école qui ne transmet plus rien, une nature qui s’enlaidit et notre ancienne gloire qui s’affadit devant nous à mesure que le temps passe. Nous vomissons bien, pour sûr. Puis nous restons l’estomac vide. Déboussolés et turbides, il ne nous reste plus qu’à avaler notre vomis pour le vomir à nouveau : après Hollande, voilà Macron, en attendant sûrement le prochain.

Nous ne sommes plus rien de sérieux et nos quelques incarnations n’ont de nous que notre caricature. La droite d’Orléans d’un côté, composées de petits bourgeois médiocres, ceux qui, en définitive, n’eurent pas assez de facultés pour gagner mieux dans le privé et qui s’en retournèrent dans la politique. Ceux qui n’ont rien en tête sinon une calculatrice, comme dirait Buisson. « Pas touche au grisbi, salope ! » dit-elle à Macron en songeant à la CSG et aux « dépenses publiques ». Mais voilà donc sa seule réplique dans le film : quand elle veut dire autre chose, elle s’aperçoit que le déficit de sa culture est disputé par celui de son imagination. Elle n’a plus ni l’une ni l’autre. Alors, elle pose son cul dans quelques manoirs de la Sarthe ou quelques beaux appartements du 7eme parisien. Elle n’a rien à dire, mais le dîner sera toujours prêt pour elle, même si, pour l’heure, il s’agit d’une soupe. De l’autre côté, il y a les populistes. « Nous sommes le peuple ! » hurlent-ils en se prenant pour Lénine, ayant oublié que nous ne sommes plus à « l’ère des masses » qu’étudiait Gustave Le Bon, ni même que ses électeurs ne sont pas communistes. Le FN n’a pas de pif. Il sent mal, sauf la merde, et il ne parle donc que d’elle. Ceux qui y vivent votent dès lors pour lui, mais, fort heureusement, si la merdre croît, pour paraphraser un moustachu, elle n’a pas encore gagné de toutes parts. Durant cette campagne, le FN aura réussi l’exploit de conjuguer le pire de l’intellectualisme (« l’union des souverainistes de gauche et de droite », comme des intellectuels de salons avaient théorisé jadis l’union des communistes et des nationalistes), le pire du populisme (nous sommes le peuple ! A bas les élites ! Et vas-y que j’parle comme une poissonnière, bah dis donc !) et le pire du progressisme (kikou les petits cœurs de l’équipe Philippot, si mignoooonns). Exploit notable, qui nous rappelle cette dure vérité que les tenants de la décadence sont souvent moins décadents, à titre personnel, que ceux qui sont censés s’opposer, justement, à cette décadence.

Carnets de déroute, donc. Ils auront certainement quelques lecteurs. Espérons toutefois que je les arrête rapidement, car, Bon Dieu, malgré toutes ses turpitudes, je crois encore en ce foutu pays. Il y aurait tant à faire…

Ah…

Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

On verra demain !

Commentaires sur la droite

Cet article fait suite au numéro 4200 de Valeurs Actuelles (du 25 au 31 mai 2017)

Je lis dans le Valeurs Actuelles de cette semaine un dossier complet sur la droite, c’est à dire celle qui part de Laurent Wauquiez jusqu’à l’aile droite du FN, en passant par Sens Commun et, dans une moindre mesure, Nicolas Dupont-Aignan. En résumé : cette droite qui se cherche et qui n’est bien nulle part, en particulier dans les partis politiques existants. Ce « point » réalisé sur la droite véritable est sans doute le premier d’une longue série, car, à moyen-terme, tout porte à croire que le sujet de la refondation de la droite, face à Macron, et face au FN version PCF souveraino-souveraniste, sera un thème politique majeur de ces prochaines années. Occasion pour nous de faire quelques commentaires.

Les partis politiques ont échoué

Le premier de nos commentaires portera sur la nature et l’efficience même des partis politiques pour porter nos idées. Une leçon de la campagne présidentielle fut le rejet des partis politiques classiques (Les Républicains, le Parti Socialiste, le Parti Communiste, et, dans une certaine mesure, le Front National) pour privilégier plutôt des mouvements de types nouveaux tels que « En Marche » ou « Les insoumis ». Ce processus entérine la défiance vis à vis des vielles structures et la goût pour les nouveautés, propre à notre siècle. A droite, une véritable réflexion doit s’opérer sur le sujet, car s’il y a bien dans un camp que les partis ont échoué plus qu’ailleurs, c’est chez nous. Regardons les choses clairement : les deux partis existants, Les Républicains et le Front National, sclérosent les bonnes volontés et entrainent dans leur pesanteur tout espoir de refondation véritable. L’un et l’autre s’assoient sur leur base électorale et sociologique, les stérilisent et les condamnent à l’impuissance. L’appareil politique des Républicains est gangréné par une multitude de centristes ayant plus à faire avec Macron qu’avec le moindre petit électeur qui votait auparavant RPR. Dès lors, les militants peuvent voter, lors de leur Congrès, pour des motions de « droite forte » ou de « droite populaire » sans infléchir aucunement la tendance lourde du mouvement à basculer toujours au centre. Cette droite, face au défi Macron, a déjà commencé à se fissurer. Quant à celle qui tient encore un peu debout, elle se prépare, contre Macron, à fabriquer une opposition qui se limitera à des questions économiques d’importance ridicule, sinon absurde. Déjà, dans cette campagne législative, l’opposition se cristallise autour des points de TVA ou de CSG. Baroin a tenté une sortie pour définir sa droite, et celle-ci se circonscrit manifestement à la question des impôts. Qu’est ce qu’une droite dont le seul projet de société serait de baisser les impôts ? Et pourtant, Wauquiez mis à part, la plupart des impétrants aux législatives, du côté des Républicains, n’ont que cela en tête, étant entendu que les leur ne sont, hélas, ni bien faites ni bien remplies.

Du côté du FN, Marine Le Pen s’est enfermée dans un piège dont elle ne pourra sortir sans difficultés majeures. La toute-puissance stratégique qu’elle a laissée à Philippot, couplée aux philippotistes bien placés pour les législatives, la met face à un dilemme inextricable. Florian Philippot ayant habilement, et, aussi, notons-le, courageusement, brandi la menace de son départ en cas de modification de sa stratégie (notamment sur l’euro), Marine Le Pen se doit de choisir entre deux inconvénients : soit elle ne change rien, sinon la façade, et persiste à donner un chèque en blanc stratégique à son lieutenant, ce qui l’expose, en conséquence, à subir une fronde majeure à l’intérieur même de son mouvement, soit elle assume un revirement stratégique et souffrira sans discussion du départ de Philippot et de ses hommes. Si elle opte pour la deuxième solution, Marine Le Pen sait qu’elle connaitra alors les foudres médiatiques qui ne manqueront pas d’interpréter son départ comme l’échec de la professionnalisation et de la dédiabolisation du FN, deux éléments que Philippot a su, bien illégitimement, incarner à lui tout seul dans le vieux parti nationaliste. Marine Le Pen est donc bloquée, et elle est trop intelligente pour ne pas le savoir. Ceci n’est, sans doute, pas étranger à la petite dépression qui la mine actuellement. Hélas pour elle, il lui sera de toute façon difficile d’opérer un virage de 180 degrés sur sa stratégie : son débat a laissé trop de traces et il lui sera impossible d’incarner demain celle qui pourrait rassembler la droite. En conséquence, le FN, même sous un nouveau nom, risque de stagner bien inutilement dans les années à venir. Il ressemblera de plus en plus au PCF des années 70 : assis sur une grosse base populaire mais incapable de le dépasser, il stérilisera tout une partie de l’électorat sans promesse de victoire. Gageons que de nombreux cadres de ce mouvement se contenteront de cette rente électorale pour continuer de gagner leur vie et d’empêcher aussi, à l’instar des Républicains, toute refondation utile.

Les orphelins

Au milieu de ces engeances, désespérés et lucides, vont vivre de plus en plus d’orphelins qui ne se reconnaitrons plus dans ces deux vieux partis ‘’de droite’’ (les guillemets sont, hélas, de rigueur). Même si ces gens seront nombreux, intelligents et plein de bonnes volontés, ils vont s’exposer à deux soucis majeurs : d’une, nous venons de l’évoquer, à la pesanteur des partis existants. De deux : aux attaques continuelles de la gauche et de ses relais médiatiques. Ceux-ci ont déjà compris que le danger, pour eux, pourrait venir de là, et ils ne manqueront donc pas de diaboliser tout rapprochement de la droite. Je le vois rien qu’à mon échelle : à la question « pourrais-tu participer à cette refondation de la droite ? » suit toujours immanquablement « ne penses-tu pas que tu es trop grillé ? ». Autant que je sache, je ne grille qu’au soleil. Et pourtant, cette question, étonnamment, se pose, vicieuse, malveillante, perverse au possible. Moi ? Grillé de quoi ? D’avoir rejoint le FN quand j’avais 20 ans pour le quitter ensuite ? Cela grille ? Jusqu’à quel point ? Ridicule. Et le même procès est intenté, sous des intitulés différents, certes, aux membres de la droite véritable, à Sens commun, aux buissoniens en tous genre, censés vouloir faire « gagner Maurras » plutôt que la France, et tutti quanti.

En conséquence, et ce sera là notre deuxième commentaire, cette droite qui veut vivre et gagner aura pour deux objectifs d’être capable de penser, d’abord, en dehors des partis existants (un mouvement d’un type nouveau se monte tellement vite…), puis de savoir résister aux journalistes et aux oukases. Non, cette droite n’est pas d’extrême-droite. Nous en avons assez de cette façon de penser diabolique qui consiste à situer à l’extrême-droite tout ce qui n’est simplement pas de gauche. L’extrême-droite répond à une définition politique assez claire : racisme, antisémitisme, volonté de prendre le pouvoir par la violence. Cette droite qui veut vivre n’a donc aucune de ces caractéristiques et elle porte seulement des valeurs, une vision, un projet, qui, certes, ne sont pas de gauche. Elle est la droite, point final.

Aussi, si ses représentants parviennent à injecter dans leur sang un peu de fronde, pour échapper aux partis, et un peu de courage, pour cesser de trembler face aux journalistes, l’espoir lui sera rendu. C’est à ces conditions qu’elle pourra être une force, et une force, permettez-moi, en marche.