Marine, les philippotistes et moi

En ce moment, pas un jour ne passe sans que les philippotistes n’attaquent Marine Le Pen, son discours, ses méthodes et la voie nouvelle qu’elle semble vouloir emprunter pour son parti. Le divorce a été douloureux, et, comme dans beaucoup de divorces, il reste un peu de cet amour qu’on appelle généralement la haine. Les voilà faire, tous, leur petit chauprade : ils sont partis, mais reste l’obsession, peut-être même pire encore qu’avant, aiguisée par leur rapport « sentimental » à la politique. Ce comportement de jeunes puceaux lâchés soudainement par leur amour de vacances est assez comique. Un peu d’ironie supplémentaire nous ferait immanquablement penser à des petites racailles traitant subitement de « grosse pute » la jeune demoiselle qui les aurait éconduit.

Trêve de plaisanteries : par leur comportement, ils ont signé leur arrêt de mort politique. Ils ne seront, comme beaucoup, que des astres morts qui continuent de tourner autour de l’étoile Le Pen et sa galaxie frontiste. Des inutiles et des « rageux », comme ils aiment à dire. Rendons toutefois justice à leur maître, Philippot lui-même, qui, lui, essaie d’échapper à ce piège mortel. Sur les plateaux de télévision qu’il colonise toujours, il tente de parler d’autre chose que du FN. Mais le ver est dans le fruit, la sentence est déjà prononcée : désormais, il ne sera invité que pour parler de son ancienne maîtresse, son « patriotisme généreux » n’intéressant, il faut le dire, quasiment personne.

Je peux en parler maintenant. Moi-même, j’ai quitté Marine avec pas mal de rancœur à l’époque. Déçu qu’on ne m’écoutait pas plus, déçu des choix personnels de la patronne (tant stratégiques qu’en termes de ressources humaines), énervé par des comportements putassiers et médiocres, et sans doute encore très attaché sentimentalement à cette grande blonde dont toute la gestuelle et la psychologie transforment en une sorte de maman putative pour tous les adhérents au « club » FN. J’avais de quoi faire sérieusement ma diva. Or, si je m’expliquais tranquillement sur les raisons de mon départ via une vidéo sur le web, je prenais soin de refuser toutes les invitations médiatiques pour me déverser (je reçus des propositions du Grand Journal, BFM, etc.). L’astre mort et vindicatif, ce ne serait pas moi.

Et pourtant, j’ai de quoi rire aujourd’hui. Pendant des années, j’ai dit à Marine Le Pen qu’il ne fallait pas faire de la question de l’euro le problème fondamental dans une campagne électorale (je parle de forme, pas de fond). J’ai dit qu’il fallait à tous prix envoyer plus de signaux à l’électorat de droite. J’ai dit qu’il fallait parler d’Europe différemment. J’ai dit qu’il fallait travailler à une communication beaucoup plus positive, sortant des réflexes du « c’était mieux avant – il faut refaire comme à l’époque ». Troquer la posture populacière pour un grand sourire avenant. Et j’ai dit aussi que MLP ne pouvait pas s’entourer exclusivement que de profils philippotistes pour tout ce qui touchait à la stratégie et à la communication. Des notes, des emails à MLP et même un petit livre (sur l’Europe) en attestent. Aujourd’hui, je peux dire que j’avais mille fois raison.

Maintenant, Marine semble prendre cette voie que j’appelais de mes vœux, quand je n’étais qu’un petit jeune qui se démenait pour donner une voix au FNJ (ce que je fis avec succès, ce qui, d’ailleurs, énerva beaucoup de gens au FN…). Mais n’est-ce pas trop tard ? J’en ai le sentiment.

Que d’occasions gâchées, que de temps perdu. Tant pis. L’avenir s’écriera sans doute ailleurs, mais c’est un avenir que ne toucheront pas les philippotistes, puisqu’eux mêmes ont déjà choisi de rester accrochés au FN par leur haine amoureuse.

Tant pis pour eux, aussi.

 

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