De la nécessité de changer l’approche du Politique

Bases théoriques de prochaines initiatives. 

La providence a voulu que je commence la politique très jeune. Dès mes 14 ans, je commençai à m’y intéresser assidument, mais des recherches me firent dire qu’il ne fallait pas que j’entre en politique avant mes 30 ans. Pourtant, je ne suivis pas mes propres directives et, entre le militantisme à la faculté et le porte-parolat du FN durant la campagne présidentielle de 2012, je mis sérieusement mes mains dans le cambouis. A 26 ans, j’arrêtai net, afin de jeter un regard rétrospectif sur mes années d’engagement. Quelque chose ne me convenait pas. Un sentiment profond m’indiquait que la politique actuelle comportait trop de superficialité pour avoir, réellement, une incidence sur le présent et le futur. Depuis lors, je réfléchis à cette question, ayant à cœur de trouver une approche différente de la nécessité politique, car en tout, évidemment, la politique reste absolument nécessaire.

Pourquoi la politique est-elle vaine actuellement ? Parce que ses acteurs la « jouent » plus qu’ils n’en font, dans la mesure où leur approche reste bloquée selon les schémas du XIXe et du XXe siècle. Je ne prendrai qu’un exemple : celui de l’idéologie politique. Au siècle dernier, quiconque développait une idéologie particulière, pour peu qu’elle soit un tantinet pertinente, trouvait immédiatement un auditoire. N’importe quelle association ou parti politique, lorsqu’ils avaient à faire des réunions, rassemblaient des centaines d’individus prêts à s’engager, et en particulier des jeunes (lesquels sont le fer de lance des grandes actions). Aujourd’hui, il est rare de rassembler plus de quelques dizaines de jeunes dans une réunion politique type « meetings ». Cela n’intéresse plus outre mesure. Les enjeux sont ailleurs. Pire : les personnes que les manifestations politiques rassemblent écoutent souvent d’une oreille distraite, centrées, en vérité, sur leurs propres problèmes et venues uniquement épancher quelques névroses. C’est la raison pour laquelle il est fréquent de constater que les individus les plus heureux et successful ne se trouvent généralement pas dans les partis politiques, laissant souvent ceux-ci aux frustrés et aux défaillants humainement. Cette « faiblesse » du matériel humain des mouvements politiques explique parfois la nullité de la politique actuelle, celle que les citoyens déplorent fréquemment.

Si la politique n’est plus le but ultime des individus les plus qualifiés, les plus énergiques et les plus brillants, et si les idéologies, les meetings et les manifestations ne rassemblent que si peu de monde (et surtout si peu de jeunes), c’est qu’il y a une raison de l’ordre de la nouvelle configuration sociale et psychologique de ce siècle.

Face à ce constat, que disent ceux qui s’engagent encore lorsqu’ils désespèrent ou s’énervent ? Généralement, voilà leur râle : « les gens d’aujourd’hui ne pensent plus qu’à eux, ils n’en ont plus rien à faire de la France ». Cette phrase, je l’ai entendu des centaines de fois et je l’ai moi-même prononcé à de nombreuses reprises. Or, aussi vraie peut-elle être, elle ne suffit pas si elle n’est approchée que dans version négative. Un constat négatif ne sert à rien s’il ne provoque pas l’émergence d’une nouvelle proposition pour le résoudre.

Pourtant, ce constat est riche en enseignements et ouvre la voie à de nouvelles approches de la chose politique.

Au travers de cette problématique, d’où vient l’incompréhension entre les acteurs politiques et les individus ?

D’abord, de la non compréhension des nouvelles conditions sociales et psychologiques dans lesquelles se démènent les gens aujourd’hui. La vérité essentielle est que nous sommes sortis de l’ère des masses pour entrer dans celle de l’individu. Or, la politique, sa rhétorique et ses « idéologies » persistent à se formuler comme s’il existait encore des masses en face d’elle. La politique parle de la France, du peuple, des superstructures, de ce qu’il faudrait faire pour le pays, l’Europe et le monde, quand les individus n’attendent qu’une réponse à leurs interrogations et leurs problèmes individuels. Dès lors, tous ces grands discours ressemblent à de la pluie qui tomberait sur du goudron au lieu d’une terre fertile : par nature, elle ne peut rien y faire pousser.

Conséquence, ou, plutôt, parallèle, les individus ne sont plus des citoyens. Toutes formes d’engagement nécessite une structuration mentale tournée vers et pour le collectif : respect des hiérarchies, assiduité, code de l’honneur, capacité au sacrifice, empathie, sociabilité communautaire, etc. Or, ce qui s’apprenait naturellement à la famille, à l’école, à l’Eglise et à l’armée n’existe plus aujourd’hui. Dès lors, tout discours à destination de citoyens à un moment, précisément, où ils n’existent plus guère, ne peut revêtir qu’un caractère superficiel. La politique devient un passe temps, un hobby dans lequel on peut s’engager quelques années comme on s’engagerait dans une association sportive ou dans de l’évènementiel pour y « rencontrer du monde ». Le sens profond de la politique est perdu. L’ère moderne inverse la proposition connue d’Aristote : l’homme n’est plus un animal politique, il est un politique animal, c’est à dire en somme, un être dont la politique est essentiellement tournée vers et pour lui même.

Que conclure de ce constat ? Que la politique doit muer. D’un discours traditionnel aux masses, elle doit devenir un espace de développement personnel. Elle doit concentrer son périmètre sur l’individu avant de pouvoir évoquer le collectif. Attention : il ne s’agit pas d’abandonner le principe collectif, mais il s’agit d’abord, pour elle, de récréer les conditions du collectif, et donc, par voie de fait, travailler en priorité sur l’individu.

Qu’est ce que cela signifie ?

  • MACRO – La rhétorique politique doit élaborer des discours articulant mieux principe de réussite individuelle et idées globales liées au collectif.
  • MICRO – La politique doit prioriser la formation individuelle. Mieux : elle doit investir dans le développement personnel, la formation exclusivement intellectuelle ne répondant pas aux enjeux posés par la problématique moderne de l’individualisme.

PS : Ce n’est pas la première fois que changements de paradigmes et d’échelles politiques s’opèrent. Déjà à la fin de l’Empire Romain jusqu’à la fin de la féodalité, la politique passa d’un lien collectif, général et étatique à une architecture de discours et d’actes à destination individuelle ou communautaire (la noblesse, les corps constitués). Le moment « néo-féodal » dans lequel nous entrons n’est qu’un écho lointain de cette période.

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