A qui la faute ?

18/07/14

Je trouve dans « La révolte des masses »d’Ortega Y Gasset quantité de réflexions qui sont miennes depuis déjà de nombreuses années. Rien d’étonnant là dedans tellement il est évident que tous les individus étant un jour tombés nez à nez avec « l’homme masse » que décrit Ortega n’ont pu, nécessairement, que se poser les mêmes questions.

Cela dit, je retire de cette lecture (tardive, s’il en est, tant cet ouvrage m’était chaudement recommandé depuis des lustres) foule de précisions sur le mal que je conspue depuis toujours, ne fût-ce parfois qu’instinctivement. Sur cette figure de « l’homme masse »qui règne désormais en maître dans nos sociétés, je reviendrai plus tard. Mais comment n’y reviendrai-je pas quotidiennement ? On tombe sur lui tous les jours.

Puisque l’oeuvre d’Ortega y Gasset est traversée par ce souci d’une élite qui reste, selon ses mots, « une minorité exemplaire », sans qui le triomphe de l’inerte et du seňorito satisfait est inéluctable, je repense à un dilemme d’enfance :

« La médiocrité règne, mais à qui la faute ? Au peuple qui n’a finalement que les élites qu’il mérite ou à ces mêmes élites qui le trompent et l’abusent ? »

De la réponse à cette question a sans doute déterminé, au moins en partie, mon existence. Si j’avais décidé que le peuple – dont je viens – n’avait, au fond, que ce qu’il méritait, que ses élites nullissimes et charognardes n’étaient que ses propres émanations, qu’il était vain de vouloir l’élever et le faire prospérer, qu’il ne méritait pas qu’on se batte pour lui, alors, sans doute, serais-je devenu trader ou avocat d’affaires. J’eusse choisi une voie pour moi-même, volontiers méprisante pour « la société » et ceux qui la composent.

Certaines de mes connaissances, parfois même de bons amis, ne se gênent pas pour me dire que c’eut été la voie la plus raisonnable…

Mais j’ai choisi, au mépris du peuple, la contestation des élites. D’où une existence de politique et de publiciste. Je me rattache à l’idée que le poisson pourrit toujours en premier lieu par la tête mais que le corps reste encore sain.

Je m’y rattache et m’y accroche aujourd’hui avec le dogmatisme de celui qui crèverait presque si d’aventure il apprenait qu’il s’était trompé.

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