Obama-Trump : les deux frères de l’hyperpuissance symbolique américaine

Dans ce qui révèle avec le plus d’acuité qu’une Nation conduit les destinées du monde, dominant à la fois son époque et ses rivales, sa capacité à projeter des symboles incarnant l’esprit du temps et l’aiguillonnant par la même occasion, est peut-être la manifestation la plus signifiante et la plus suggestive.

Nous connaissons le principe du hardpower américain, sa puissance militaire et sa force de frappe économique ; nous connaissons également l’impérialisme de son softpower, son way of life et ses produits dérivés. A cela pourrait s’ajouter un symbolpower qui permet parfois aux Etats-Unis d’incarner politiquement les enjeux du moment et de les projeter sur le monde, au moins dans sa partie occidentale.

En 2008, le président Barack Obama devenait président des Etats-Unis. Qu’un métis fût élu dans un pays qui connaissait la ségrégation raciale quelques dizaines d’années auparavant, fut célébré partout en Occident comme un totem d’une puissance symbolique magistrale. Ce fut « l’Obamania », une espèce de délire qui fit espérer des millions de personnes à la seule raison de la force symbolique. Barack Obama devint même Nobel de la Paix sans qu’il en sût, de son propre aveu, les véritables et concrètes raisons. C’est, qu’en politique, le symbole tient lieu, justement, de politique. Obama incarnait la destiné d’un Occident mélangé, multiculturel, ouvert à tous, tolérant et pacifié, c’est à dire tel que l’Occident avait envie de se voir.  Le reste eut moins d’importance.

Obama fut incontestablement l’un de ces grands symboles qui jalonnent l’Histoire et lui donne son La. L’Occident tout entier, à la suite des Etats-Unis, dansa sur cet air. Mais il est intéressant d’observer que le symbole Obama appartint à la catégorie de symboles politiques qui achèventune époque, comme pour la parfaire, qui les désignent comme son expression la plus aboutie tout en la terminant du même coup. L’Obamania couronnait vingt ans d’Occident qui s’était voulu multiculturel, tolérant et sorti de l’Histoire. Mais l’Obamania n’impulsa rien dans le monde : au moment de son couronnement, l’Histoire avait déjà changé d’heure. Obama incarnason époque, mais n’en impulsa aucune. Un noir sur le trône du monde parachevait vingt ans d’Occident qui avait rêvé à cela, et au moment où son rêve se réalisait, un nouveau cycle s’enclenchait, appelant ainsi nécessairement d’autres symboles.

2016. Donald Trump a des chances de devenir président des Etats-Unis à la suite de Barack Obama. Et lui aussi est, avant tout, un symbole pour l’Occident. Mais, à la différence de son prédécesseur, Trump fait parti de la catégorie des symboles en mouvement, non pas de ceux qui achèvent, mais de ceux qui s’inscrivent dans les dynamiques historiques. A l’heure présente, l’époque est aux révoltes populaires contre les élites décriées, aux crispations identitaires, à la remise en cause de l’ère de la sortie de l’Histoire fukuyamesque. Partout en Occident, et notamment en Europe, ce mouvement prend de l’ampleur. Et voilà qu’il faut que ce soit encore une fois des Etats-Unis, chef incontesté d’Occident, que sorte un homme qui incarne ce processus aux yeux de tous.

Obama et Trump sont par conséquent, à leur manière, deux frères rivaux d’une Histoire en marche. Ils furent et ils sont deux de ces puissances incommensurables que constituent les symboles en politique. L’un a parachevé une époque ; l’autre en porte une nouvelle.

En 2008, les Etats-Unis furent à la hauteur du monde et de l’époque par le symbole qu’elles leur donnèrent. La question qui se pose à présent est de savoir si les Etats-Unis seront encore à la hauteur de leur destinée manifeste – celle d’imprimer au monde la marche à suivre – avec l’élection ou non de Donald Trump.

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